19 quai d'Anjou 20 rue Poulletier, Paris 4e
Dans l'ordonnancement rigoureux de l'Île Saint-Louis, née d'une ambition urbaine singulière au XVIIe siècle, l'Hôtel Méliand se dresse avec une gravité mesurée. Élevé en 1642, il incarne cette première vague d'hôtels particuliers qui, tout en affirmant une nouvelle typologie résidentielle, n'avait pas encore cédé aux démesures ornementales des décennies suivantes, privilégiant une certaine retenue. Commandité par Blaise Méliand, un procureur général au Parlement, l'édifice se devait d'afficher une respectabilité et une position sociale sans pour autant verser dans l'ostentation. Sa vocation n'était pas celle du grand apparat aristocratique, mais plutôt celle d'une aisance bourgeoise solidement établie, reflet d'une noblesse de robe au prestige croissant. Cette pondération est caractéristique d'une période où la fortune se consolidait et s'affichait avec une certaine dignité plutôt qu'un éclat parfois jugé vulgaire. Situé à l'angle du quai d'Anjou et de la rue Poulletier, et jouxtant, avec une certaine ironie de la juxtaposition, le plus flamboyant Hôtel de Lauzun (édifié une quinzaine d'années plus tard), le Méliand adopte une volumétrie adaptée à sa parcelle. La mention d'une porte et d'un porche d'entrée signale l'organisation classique de l'époque : une entrée monumentale masquant généralement une cour intérieure, elle-même preludant au corps de logis principal. C'est le dispositif éprouvé de l'hôtel « entre cour et jardin », bien que la parcelle angulaire ait pu contraindre une adaptation plus ingénieuse que la simple orthogonalité. Il est loisible de postuler un usage de la pierre de taille pour les façades nobles, avec un ordonnancement régulier des ouvertures, peut-être rehaussé de chaînages et de bandeaux. Le style serait celui d'un classicisme naissant, évitant l'exubérance baroque qui se profilait, privilégiant l'équilibre, la symétrie et une austérité calculée. Moins spectaculaire que ses illustres voisins, il n'en témoigne pas moins d'un raffinement certain, où le détail de la modénature ou la qualité de l'appareillage importent plus que l'effet de masse. L'édifice connut, comme beaucoup de ses semblables, une vie mouvementée. La mort d'Alfred Gérente en ses murs en 1868 nous offre une brève incursion dans sa seconde vie, celle de la mutation fonctionnelle où l'hôtel, parfois délaissé par une noblesse désargentée ou déshéritée, s'ouvrait à d'autres professions, à l'instar d'artistes ou d'érudits. Gérente, restaurateur de vitraux réputé et figure du renouveau gothique, y trouvait sans doute un cadre propice à ses études et réalisations, loin de l'agitation des grands boulevards haussmanniens. La ville de Paris, soucieuse d'un pragmatisme utile, en fit l'acquisition en 1894. Sa reconversion en école maternelle et élémentaire est un sort commun à maints hôtels particuliers parisiens, transformant l'espace domestique en espace public éducatif. Cette nouvelle affectation, aussi louable qu'elle soit, a sans doute inéluctablement altéré l'agencement intérieur d'origine, mais a paradoxalement contribué à sa pérennité, à l'abri des appétits spéculatifs. L'inscription au titre des monuments historiques en 1988, une reconnaissance patrimoniale tardivement entérinée, conforte enfin sa valeur. Loin de la flamboyance d'un Lauzun, le Méliand subsiste comme une pièce modeste mais essentielle du grand puzzle urbain de l'Île Saint-Louis, un témoin discret d'une époque et d'une certaine conception de l'habitat bourgeois parisien.