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Hôtel Libéral Bruant

Hôtel Libéral Bruant

1 rue de la Perle 1 place de Thorigny, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel Libéral Bruant, lové dans le quartier du Marais, n'est pas qu'un simple témoignage de l'architecture classique de la fin du XVIIe siècle ; il illustre avec une certaine acuité les stratégies immobilières d'un architecte qui, loin de se contenter des commandes d'État, savait également investir son talent dans l'entreprise privée. Libéral Bruant, grand ordonnateur des Invalides, acquiert ce terrain en 1683 et y édifie plusieurs hôtels destinés à la location ou à la vente. Fidèle à un pragmatisme certain, il se réserve la parcelle la plus orientale pour y installer sa propre demeure dès 1685. Cette genèse, révélant l'homme d'affaires autant que l'artiste, confère à l'édifice une identité particulière. L'architecture de la façade sur cour, véritable cœur de l'expression de l'hôtel, déploie un vocabulaire conforme aux canons de l'époque. On y observe l'usage élégant des baies cintrées, alors en vogue sous la seconde moitié du règne de Louis XIV, lesquelles alternent avec des fenêtres rectangulaires de proportions moindres, introduisant une subtile hiérarchisation des ouvertures. Plus singuliers sont les oculi aveugles, aménagés dans l'attente de bustes d'empereurs romains, un détail qui, sans être jamais tout à fait comblé, témoigne d'une aspiration à l'antique et d'une théâtralité assumée. Le vaste fronton, richement orné d'angelots et de cornes d'abondance, parachève cette composition, marquant la façade d'une opulence décorative attendue pour une demeure de cette stature. Après le décès de Bruant en 1697, l'hôtel connaîtra des pérégrinations notables. Il accueillera notamment le mathématicien Guillaume François Antoine de l'Hospital, puis, de manière plus emblématique, la première École nationale des ponts et chaussées, sous l'impulsion de l'ingénieur Jean-Rodolphe Perronet. Une vocation intellectuelle qui s'inscrit en droite ligne avec l'esprit des Lumières. Cependant, la fortune de l'hôtel déclinera au XIXe siècle, le transformant en ateliers et bureaux, le laissant gravement endommagé. Ce n'est qu'en 1968 que la ville de Paris, devenue propriétaire, le cède à la société Bricard, sous condition de restauration et d'installation d'un musée de la Serrure. Cette reconversion, pour le moins inattendue, célébrait un art modeste mais essentiel, avant que l'édifice ne mute une fois encore en centre d'art contemporain, témoignant de sa capacité d'adaptation aux vicissitudes du temps et de la mode culturelle.