29 quai des Chartrons, Bordeaux
L'ordonnance urbaine des quais bordelais, souvent perçue comme un ensemble homogène de façades à mur gouttereau, recèle quelques singularités. Parmi celles-ci, les deux maisons dites hollandaises, aux numéros 28 et 29 du quai des Chartrons, offrent une intéressante dérogation à la règle établie en 1667. Cette législation, édictée pour uniformiser l'alignement des édifices, proscrivait alors les pignons sur rue, privilégiant des façades plus linéaires. Ce qui frappe d'emblée, c'est précisément la persistance de ces pignons sur la façade maritime, une audace architecturale qui les consacre comme les derniers témoins de ce type sur les quais. Ils adoptent une configuration à redents ou à gradins, non sans évoquer les maisons flamandes que l'on pouvait croiser dans les ports du Nord. Les corniches et rampants, finement travaillés, sont agrémentés d'ailerons à volutes, éléments décoratifs qui adoucissent la rigidité de la géométrie, et même de têtes de lions, conférant à l'ensemble une certaine majesté. Chaque niveau est délimité par des bandeaux plats horizontaux, créant une lecture claire de la stratification intérieure, tandis que les ouvertures, des fenêtres à meneaux, ponctuent la masse de la pierre avec une régularité classique, bien que leur conception rappelle un style antérieur à la grande mode des fenêtres à petits bois. L'ensemble, bâti vers 1680 pour le compte d'Hilaire Renu, un bourgeois et marchand, dont l'origine n'était d'ailleurs pas hollandaise, révèle la force des influences commerciales de l'époque. La dénomination populaire de