3 rue Gresset, Nantes
S'attarder sur cet immeuble, qui s'étend du troisième numéro de la rue Gresset au cours Cambronne, c'est observer une suture urbaine, un point de rencontre entre deux temporalités et deux fonctions, celles du XVIIIe et du XIXe siècle nantais. Sa double datation architecturale suggère moins une prouesse de conception qu'une évolution pragmatique, voire une interruption, dans sa réalisation. La façade sur le cours Cambronne, d'une certaine tenue, arbore sans doute un ordonnancement plus académique, avec des percements réguliers, typiques de l'ambition bourgeoise post-révolutionnaire qui cherchait à afficher une respectabilité ordonnée. Les modénatures, discrètes, et le rythme des baies témoignent d'une adhésion aux canons classiques, bien que sans exubérance. Le rez-de-chaussée, souvent dévolu aux commerces ou à des fonctions plus utilitaires, contraste avec les étages résidentiels supérieurs, éclairés par de hautes fenêtres à l'aplomb, conférant une verticalité maîtrisée à l'ensemble. L'usage probable de la pierre de tuffeau, associée peut-être au granite pour les soubassements, caractérise l'architecture locale de cette période, offrant une palette sobre et résistante aux assauts du climat ligérien. La toiture, vraisemblablement en ardoise, complète cette image d'un édifice solide, inscrit dans la tradition régionale. L'emplacement, jouxtant le cours Cambronne, confère à l'édifice une visibilité notable. Ce cours, aménagé au début du XIXe siècle pour célébrer un personnage héroïque de l'Empire, devint rapidement un lieu de promenade prisé, bordé d'immeubles de rapport à l'allure respectable. Il est aisé d'imaginer que la construction s'est alignée sur cette nouvelle esthétique urbaine, cherchant à capter l'attrait d'une clientèle aisée. On raconte, sans que la preuve en soit absolue, qu'un armateur prospère, ayant fait fortune dans les échanges transatlantiques, aurait été l'un des premiers commanditaires de la partie la plus ancienne, cherchant ainsi à ancrer sa réussite dans le tissu urbain nouvellement structuré de Nantes. L'inscription de cet immeuble au titre des monuments historiques en 1949 relève davantage d'une reconnaissance de son ancienneté et de son apport au panorama urbain nantais que d'une révélation tardive de splendeurs architecturales inégalées. C'est le témoignage d'une période de transition urbaine et sociale, figée dans la pierre, qui lui vaut aujourd'hui cette protection, un sceau de respectabilité pour une construction qui fut avant tout fonctionnelle et représentative de son temps.