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Hôtel Bidé de la Grandville

Hôtel Bidé de la Grandville

26, 28 rue de Thionville, Lille

L'Envolée de l'Architecte

La façade de l'Hôtel Bidé de la Grandville, au numéro vingt-six, rue de Thionville à Lille, ne révèle pas immédiatement la complexité de sa genèse. L'édifice, plutôt qu'une conception unifiée d'un seul jet, prend corps en 1714 par une astucieuse agrégation de maisons préexistantes, un procédé d'assemblage qui confère à l'ensemble une hétérogénéité structurelle, le fruit d'une optimisation foncière plus que d'une vision architecturale grandiloquente. Cette origine composite explique peut-être la superposition des interventions. La rénovation de la façade sur rue en 1784, par exemple, s'inscrit sans doute dans la veine du goût néoclassique alors en vogue, cherchant à ordonner et à épurer les lignes, en rupture avec les rondeurs et les surcharges ornementales antérieures. Le bâtiment, dès lors, se présente comme une stratification temporelle, chaque époque y ayant laissé son empreinte avec plus ou moins de délicatesse. L'acquisition par Louis Désiré Blanquart-Evrard en 1857, fondateur du musée industriel, marqua une autre étape d'ajustements fonctionnels. On peut aisément imaginer que cet esprit d'entreprise aurait pu transformer des espaces intérieurs pour y loger des collections ou des bureaux, peut-être même quelques machines ou prototypes liés à ses activités, loin de l'usage ostentatoire d'un hôtel particulier. Il est rapporté qu'il y fit quelques transformations, dont la nature exacte reste à deviner, mais qui s'accordent probablement avec son inclination pour le progrès et l'utilité. L'hôtel connut ensuite un lent déclin, morcelé entre des religieuses de Saint-Aignan, diverses locations, puis un foyer civil de l'administration de la guerre, usages qui, inévitablement, contribuèrent à effacer l'unicité de son dessein initial, avant de sombrer dans l'abandon. La reconnaissance patrimoniale, tardive mais salutaire, intervint avec le classement des façades et toitures en 1971, puis l'inscription de la totalité en 2007, couronnant l'ensemble par une restauration exhaustive dans les années 2010. Il est à noter la préservation d'onze pièces, dont six au rez-de-chaussée, dotées de boiseries et de stucs, révélant la persistance d'un certain décorum intérieur, un fragment de l'opulence bourgeoise qui put y résider, malgré les vicissitudes. Ces décors, témoins de l'artisanat du XVIIIe siècle, déploient un répertoire classique, sans excès, qui fut sans doute adapté au fil des occupants. L'ancienne écurie, également classée, rappelle la vie domestique d'antan, où la logistique des déplacements était une composante essentielle de l'ordonnancement des lieux. L'Hôtel Bidé de la Grandville se profile ainsi comme une architecture pragmatique, un document urbain qui, faute d'une audace formelle majeure, offre une lecture honnête des évolutions et des compromis imposés par l'histoire urbaine de Lille.