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Chapelle Notre-Dame-de-la-Réconciliation

Chapelle Notre-Dame-de-la-Réconciliation

28 rue de Canteleu, Lille

L'Envolée de l'Architecte

Lille, en sa rue de Canteleu, dissimule, presque avec une pudeur que l'on pourrait croire calculée, l'un de ses plus anciens édifices cultuels : la chapelle Notre-Dame-de-Réconciliation. L'édifice, dont les premières pierres remontent à la première moitié du XIIIe siècle sous l'impulsion de la comtesse Jeanne de Constantinople, est un jalon non négligeable de l'histoire lilloise, héritier d'un sanctuaire plus ancien encore, du XIe siècle, lié à une prétendue réconciliation entre le comte Baudouin IV et ses vassaux. Ce fut, il est vrai, un lieu de pèlerinage précoce, alimenté par la découverte légendaire d'une statue mariale et jalonné par ce qui devint la rue des Stations, témoignant d'une piété populaire tenace. Sa structure actuelle révèle une superposition chronologique de styles et de matériaux. Le corps principal, daté du XIIIe siècle, présente cette transition parfois hésitante entre le roman et le gothique, avec sa nef et son chœur édifiés en pierre de taille. Les cinq colonnes, d'une pierre bleue de Tournai dont la géologie locale fit longtemps les délices des bâtisseurs, scandent l'espace central, séparant la nef des collatéraux, ces derniers éclairés par deux séries de sept fenêtres. L'ensemble dégage une sobriété certaine, caractéristique d'une époque où l'ornementation n'avait pas encore atteint la profusion des hautes périodes gothiques. Le chœur, lui aussi en pierre, est introduit par un arc d'une simplicité fonctionnelle. Puis vint le XIXe siècle, période de restaurations souvent plus ambitieuses que respectueuses, où la brique supplanta la pierre pour les adjonctions : la façade, les chapelles latérales et une sacristie. Ce mélange des matériaux, cette juxtaposition des époques, confère à l'édifice une identité composite, plus le fruit d'une sédimentation historique que d'une vision unitaire. Les vicissitudes de son histoire sont un miroir des bouleversements français. Des Jésuites du XVIIe siècle qui relancèrent le culte, aux ventes tumultueuses des biens nationaux sous la Révolution, en passant par les agrandissements et cessions successives au XIXe siècle, l'édifice n'eut de cesse de changer de mains et de fonctions, trop petite, puis de nouveau utile, achetée, vendue, rachetée. Chaque époque a laissé sa marque, parfois avec une lourdeur que les récentes campagnes de restauration, initiées dès 1984, s'emploient à corriger avec une certaine prudence. La restitution d'un plafond plat en bois dans la nef, ou la remise en symétrie des bas-côtés, tentent de retrouver une cohérence, sinon originelle, du moins plus harmonieuse. Il est d'ailleurs curieux de noter qu'en 2014, une Statue du Millénaire y fut installée, marquant non sans une certaine emphase le retour de la Vierge après mille ans, un geste contemporain qui tente de boucler la boucle avec la légende fondatrice. Le chœur, quant à lui, attend encore sa propre remise en état, témoin muet des modifications des derniers siècles.