48 rue Madame-de-Sévigné, Paris 3e
L'épisode de la fontaine Popincourt, ou de la Charité, s'inscrit avec une certaine modestie dans la vaste entreprise de rationalisation urbaine initiée par le décret impérial de Saint-Cloud en 1806. Ce programme, visant à doter Paris d'infrastructures hydriques dignes de ce nom après des siècles d'approvisionnement souvent sommaire, accoucha de nombre d'édicules fonctionnels, dont la postérité architecturale fut, disons, diverse. François-Jean Bralle, l'architecte, fut l'un des artisans de ces réalisations, produisant en 1808 un ouvrage qui, comme tant d'autres fontaines dites 'impériales', privilégiait l'utilité à la magnificence. Son implantation rue Popincourt, dans un renfoncement semi-circulaire typique de ces installations, visait à l'intégrer au mieux dans le tissu urbain sans entraver excessivement la circulation d'alors. La description de l'édifice révèle une iconographie des plus classiques. Sur le fronton, le motif du pélican nourrissant ses petits, d'où l'appellation de 'fontaine du Pélican', était une allégorie universellement reconnue de la Charité, une vertu éminemment souhaitable dans un environnement urbain en pleine mutation sociale. Au cœur de cette composition se trouvait le relief sculpté par Augustin Félix Fortin. Cet artiste y déploie une allégorie de la Charité d'une iconographie des plus conventionnelles : une jeune femme, aux draperies antiquisantes, dispensant un lait nourricier à une progéniture nombreuse et avide, flanquée de la sempiternelle jarre renversée qui vient signifier, avec une redondance fonctionnelle, le rôle hydrique de la fontaine. Le choix d'une telle figure, à l'instar de nombreuses commandes publiques de l'époque, participait d'une pédagogie morale discrète, presque utilitaire, se fondant dans le décor quotidien. Son existence fut aussi brève qu'un souffle urbain, balayée en 1859-1860 par la lame des grands travaux haussmanniens. Ces aménagements napoléoniens, souvent plus utilitaires qu'ornementaux, furent les premières victimes désignées de la tabula rasa du Second Empire, dont l'ambition était de remodeler Paris selon des lignes plus grandioses, et surtout plus rectilignes. La fontaine, ne s'alignant pas avec les nouvelles percées du boulevard du Prince-Eugène (actuel boulevard Voltaire), disparut donc sans crier gare, témoignant de l'éphémérité de certaines interventions architecturales face aux ambitions urbanistiques successives. Singulière postérité que celle de ce fragment de pierre ! Après avoir échappé à la pioche démolisseuse, le relief fut recueilli, non sans une certaine ironie, par les collections du musée Carnavalet en 1894, grâce au don d'une certaine Madame Le Paute. Son encastrement ultérieur dans un mur de la rue de Sévigné, face à l'Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, lui conféra une sorte de survie par la pétrification, loin de sa vocation première. L'inscription aux Monuments Historiques en 1961, puis son abrogation en mars 2023, achève de peindre le portrait d'une œuvre dont la valeur, fluctuante, semble davantage liée à son témoignage historique qu'à une incontestable excellence sculpturale, soulignant les caprices de la reconnaissance patrimoniale.