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Hôtel de Soyecourt

Hôtel de Soyecourt

3 place des Victoires, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Soyecourt, sis au 3, place des Victoires, représente un fragment architectural de cette vaste opération urbanistique initiée sous Louis XIV. Conçu entre 1683 et 1689 sur les plans de Jules Hardouin-Mansart, le bâtiment s'inscrit dans une logique de création d'un ensemble urbain cohérent, où la singularité des hôtels particuliers cède le pas à l'ordonnance générale de la place royale. La main du maître, Hardouin-Mansart, alors au faîte de sa puissance en tant que Premier Architecte du Roi, s'y exprime avec une rigueur classique qui privilégie la symétrie, l'alignement des travées et une hiérarchie des ouvertures, éléments constitutifs du "grand goût" de l'époque. Ces façades, revêtues de pierre de taille, devaient dialoguer harmonieusement avec la statuaire centrale, assurant la pérennité d'une esthétique monumentale. Il est à noter que le commanditaire initial fut Jean-Baptiste Prédot, lui-même architecte, ce qui suggère une dimension moins de prestige personnel que d'investissement immobilier dans ce quartier neuf et prometteur. Sa revente rapide, dès 1689, à Marie Renée de Longueil, marquise de Soyécourt – laquelle donna son nom à l'édifice –, puis, neuf ans plus tard, en 1698, au financier Antoine Crozat, illustre la fluidité du marché des biens de prestige et le transfert de richesse des maisons aristocratiques vers la haute finance. Crozat, dont la fortune et la collection d'œuvres d'art étaient légendaires, aurait sans doute conféré à l'intérieur de l'hôtel un éclat à la mesure de ses moyens, transformant les espaces domestiques en de véritables galeries, même si peu d'éléments subsistent de cet aménagement originel. Le bâtiment, aujourd'hui inscrit au titre des monuments historiques depuis 1926, se fond dans le tissu parisien, son élégance discrète témoignant d'une époque où l'architecture était l'écrin d'une société en pleine mutation. Il convient, pour l'érudit comme pour le simple curieux, de ne pas confondre cet hôtel avec son homonyme, l'Hôtel de Maisons, également appelé de Soyecourt, sis rue de l'Université, une anecdote qui souligne la complexité et parfois la légèreté avec laquelle ces patronymes furent apposés ou déplacés sur le bâti parisien au gré des successions et des fortunes.