34 rue de la Dalbade, Toulouse
L'église Notre-Dame de la Dalbade, édifice toulousain dont le nom évoque une ancienne parure de chaux blanche, se dresse comme un témoin austère de l'architecture gothique méridionale, non sans quelques concessions formelles. Sa silhouette, que l'on pourrait juger de prime abord quelque peu rébarbative avec ses murs épais et ses ouvertures parcimonieuses, emprunte à la forteresse médiévale, ce qui n'est pas sans ironie pour un lieu de recueillement. L'édifice actuel, qui prit forme vers 1480 après qu'un incendie ait consumé son prédécesseur en 1442, a connu une existence marquée par l'élévation et la chute, littéralement. Son clocher, œuvre notable de Nicolas Bachelier datant de 1551, fut longtemps une affirmation de la puissance ecclésiastique, culminant à une hauteur respectable de 87 mètres avant d'être réduit puis tragiquement effondré. Cet accident de 1926, qui coûta la vie à des innocents et laissa l'édifice dans un état de délabrement, fut un coup de massue pour le patrimoine toulousain, rappelant avec brutalité la fragilité des ambitions architecturales. Les bustes sculptés par Bachelier lui-même et ses élèves, aujourd'hui conservés au musée des Augustins, témoignent de l'habileté de l'artiste qui, incidemment, signa également l'Hôtel d'Assézat. La façade, loin de l'homogénéité que l'on pourrait attendre, présente une curieuse juxtaposition stylistique. Au-dessus d'un portail Renaissance de 1537, s'expose un tympan en céramique, œuvre de Gaston Virebent datant de 1874, qui reproduit avec une fidélité un peu trop zélée le Couronnement de la Vierge de Fra Angelico. Cette incursion décorative du XIXe siècle, aux couleurs éclatantes, contraste singulièrement avec la sobriété de la brique environnante, offrant au passant un spectacle qui interroge sur la continuité esthétique. Le distique gravé sur le linteau, appelant le chrétien à un Ave en passant, est un détail charmant, voire un peu pressant. L'intérieur, restauré à la suite du drame du clocher, révèle une profusion d'œuvres et de dévotions. Les chapelles latérales abritent un éventail d'expressions artistiques allant de la sculpture en bois du XVIe siècle, telle cette ronde-bosse de saint Pierre marchant sur les eaux, vénérée par les bateliers, à des tableaux du XVIIIe siècle comme La Visitation de Despax. Le chœur, quant à lui, est orné de la Nativité de la Vierge de Jean-Baptiste Despax et de vitraux narrant la vie de Marie. L'orgue de tribune, majestueux, est un instrument d'importance. Construit originellement par Prosper-Antoine Moitessier en 1849, puis perfectionné par les Puget et relevé par Maurice Puget après l'effondrement, il a eu l'honneur d'être inauguré en 1888 par un certain Charles-Marie Widor, ce qui n'est pas un mince détail pour les mélomanes. Son histoire mouvementée, rythmée par les restaurations et les modifications, en fait un véritable témoin de la facture instrumentale française. Les boiseries sculptées de la tribune, exécutées d'après les dessins de Jean Noël-Joseph Bonnal, complètent cet ensemble, illustrant la richesse des arts décoratifs. Notre-Dame de la Dalbade demeure ainsi un témoignage, complexe et parfois chaotique, de l'évolution de l'art sacré et de l'ingéniosité humaine face aux aléas du temps.