1 ter place Saint-Sernin, Toulouse
Plutôt qu'un simple musée d'archéologie, le bâtiment du Collège Saint-Raymond à Toulouse se révèle être une véritable coupe géologique de l'histoire architecturale et fonctionnelle de la cité, un assemblage hétéroclite où les strates du temps se lisent à fleur de pierre. Avant même toute fondation tangible, ce site était une nécropole chrétienne du IVe siècle, témoignant d'une occupation funéraire primitive autour du sépulcre de Saint-Saturnin. Puis vint, vers 1075, un hôpital pour pèlerins et indigents, initié par Raymond Gayrard, dont la chapelle prit le nom de Saint-Raymond. C'est sur ces fondations, après un incendie ravageur, que s'éleva en 1523 l'actuel Collège Saint-Raymond, œuvre du maçon Louis Privat, dont le talent se manifesta également à l'Hôtel de Jean de Bernuy. Financé notamment par Martin de Saint-André, cet édifice articulait ses fonctions autour d'un tinel, grande salle de réception et de réfectoire au rez-de-chaussée, et des chambres pour étudiants à l'étage, une disposition fonctionnelle typique de l'architecture universitaire médiévale, dont il demeure, avec d'autres collèges toulousains, un rare survivant.La Révolution marqua un déclin sévère pour le collège, le reléguant à des usages prosaïques d'écurie et de caserne. Sa survie, paradoxalement, fut assurée par l'intervention perspicace d'Alexandre Du Mège, Prosper Mérimée et Eugène Viollet-le-Duc, le soustrayant aux démolitions des réaménagements urbains de 1852. Ce fut Viollet-le-Duc qui, entre 1868 et 1871, imprima sa marque indélébile sur l'édifice, non sans une certaine liberté d'interprétation. En supprimant les vestiges de la chapelle, en érigeant une quatrième tourelle d'angle et en ajoutant des cheminées crénelées, il accentua une esthétique médiévale idéalisée, créant une vision plus pittoresque que rigoureusement fidèle à l'état originel. Cette réhabilitation prépara le terrain pour sa nouvelle vocation muséale.Inauguré en 1892 comme musée d'art décoratif ancien et exotique, il fut d'abord conçu pour alléger les collections du musée des Augustins. L'architecte Arthur Romestin adapta les lieux en abattant cloisons et placards, perçant de nouvelles fenêtres pour maximiser l'éclairement. Une anecdote révélatrice des tensions entre restauration et adaptation fut son déclassement en 1925 par la commission des Monuments Historiques, précisément à cause de ces percements, avant de retrouver son statut cinquante ans plus tard. Le musée, sous l'impulsion de Robert Mesuret en 1949, se spécialisa dans l'archéologie, devenant le Musée archéologique de Toulouse.Les rénovations de la fin du XXe siècle, sous la direction d'Yves Boiret puis de Bernard Voinchet, furent plus fidèles à l'esprit d'origine. Le toit fut restauré selon son aspect pré-Viollet-le-Duc, et l'acquisition d'un immeuble voisin permit de libérer l'espace pour l'exposition. Ces travaux eurent le mérite de mettre au jour, au sous-sol, la nécropole paléochrétienne du IVe siècle, avec un four à chaux, offrant une dimension immersive unique. La muséographie actuelle distribue les collections sur quatre niveaux : le sous-sol accueille la nécropole et les sarcophages, le rez-de-chaussée les expositions temporaires dans l'ancien tinel, le premier étage les sculptures romaines de la villa de Chiragan, collection remarquable classée deuxième après celle du Louvre, et le dernier étage l'histoire de Tolosa romaine. Ce parcours reflète une ambition de démocratisation culturelle, comme l'évoquait Camille Ournac lors de l'inauguration, invitant le public à se forger un goût pour le beau et l'histoire. Le musée Saint-Raymond, loin d'être un simple écrin, est ainsi devenu une entité où l'architecture et l'archéologie s'entrelacent pour raconter une histoire ininterrompue de l'occupation humaine. Il gère également d'autres sites majeurs, tels que l'amphithéâtre romain de Purpan-Ancely et la basilique Saint-Sernin, étendant son influence bien au-delà de ses propres murs.