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Monument de Landry

Monument de Landry

Cimetière du Père-Lachaise, Paris 20e

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du monument de Landry, ou plus communément désigné par l'usage populaire comme la « Tombe du Dragon », marque une étape singulière et précoce dans la genèse artistique du cimetière du Père-Lachaise. Érigé dès 1809, quelques années seulement après l'ouverture du site, ce cénotaphe se distingue par sa prétention sculpturale, affirmée comme la première du genre au sein de ce nouveau paysage funéraire parisien. L'œuvre est attribuée à Étienne-Hippolyte Godde, architecte dont l'empreinte fut décisive pour la structuration initiale du cimetière, notamment par la conception de sa porte principale et de sa chapelle. Son intervention ici, bien que de dimension modeste, s'inscrit dans une vision plus large de l'organisation et de l'ornementation du lieu. La composition se déploie autour d'une stèle, forme architecturale d'une sobriété antique, support classique à la commémoration. Sur sa face principale, un médaillon finement sculpté offre le profil d'Antoine de Guillaume-Lagrange, sous-officier dont le jeune destin fut interrompu lors de la campagne de Pologne. Ce portrait est flanqué d'attributs militaires, un sabre et une carabine, symboles convenus de sa profession et de son sacrifice. L'épitaphe, « STA VIATOR, HEROEM VIDES », exhorte le passant à une contemplation respectueuse, doublée d'une évocation plus intime de la douleur maternelle. Au dos de la stèle, une seconde inscription, d'une longueur remarquable, se déploie en une effusion lyrique de chagrin. Cette abondance scripturale, détaillant le lignage, les faits d'armes et les circonstances tragiques de la mort, mais s'attardant surtout sur l'inconsolable affliction de la mère, est révélatrice d'une sensibilité romantique naissante, où le pathos et l'expression personnelle commencent à transpercer la dignité classique. À la base de la stèle, une allégorie de la douleur est mise en scène : une femme voilée, figure conventionnelle du deuil, agenouillée près d'une urne funéraire, accompagnée d'un jeune enfant nu. Cette iconographie, bien que puisant dans un répertoire classique, vise à universaliser l'affliction individuelle, la rendant didactique et émouvante pour le visiteur. Curieusement, ce monument, au-delà de sa fonction mémorielle, acquit une résonance politique inattendue. Sous la Restauration, sa popularité chez les bonapartistes en fit un lieu de rassemblement, témoignant de la persistance de l'esprit impérial. Une anecdote historique non dénuée de sel, qui contraignit même les autorités à modifier la voirie environnante pour décourager ces attroupements, preuve du pouvoir symbolique que pouvait revêtir une simple sépulture. La reconnaissance précoce de cette œuvre, citée dès 1817 dans les inventaires de l'époque, puis son classement au titre des monuments historiques en 1983, atteste de sa valeur patrimoniale durable. Le monument de Landry demeure ainsi un jalon significatif, non seulement dans l'histoire des débuts du Père-Lachaise, mais aussi comme témoignage d'une époque où l'expression du deuil et de l'héroïsme commençait à se parer de nouvelles inflexions, entre grandeur classique et sentimentalité pré-romantique.