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Hôtel de Montesquiou(actuelministère de la Coopération)

Hôtel de Montesquiou(actuelministère de la Coopération)

20 rue Monsieur, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Montesquiou, au 20 rue Monsieur, illustre avec une éloquence parfois mélancolique la destinée des hôtels particuliers parisiens : objets de prestige, puis réceptacles de fonctions multiples, avant de devenir, pour certains, d'onéreux trophées diplomatiques. Édifié en 1781 par Alexandre-Théodore Brongniart, cet architecte, dont on se souvient avant tout pour sa Bourse, sut ici conférer à l'édifice l'élégance sobre et la rigueur ordonnancée du néoclassicisme. Commande d'Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac, premier écuyer du futur Louis XVIII, sa proximité avec les écuries royales suggère une insertion judicieuse dans le tissu social et urbain de l'époque, où la discrétion de la rue pouvait dissimuler des splendeurs intérieures. On devine l'équilibre délicat entre la cour d'honneur et le jardin, cet art de l'entre-deux qui caractérise si bien l'hôtel particulier classique, même si peu de ces intérieurs originels subsistent, emportés par les flots successifs de l'histoire. Le passage à son fils Pierre de Montesquiou-Fezensac, grand chambellan de l'Empire et dont l'épouse veilla sur le « roi de Rome », ancre l'édifice dans l'effervescence politique du XIXe siècle naissant, lui conférant une patine historique notable. Pourtant, c'est l'acquisition par les Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement en 1851 qui marque une transformation architecturale significative. L'ajout d'un cloître et d'une chapelle néogothiques superpose à la sérénité classique une expression de dévotion plus romantique, témoignant d'une époque où l'éclectisme n'effrayait pas. Ces « bénédictines de la rue Monsieur » devinrent un pôle d'attraction pour les intellectuels catholiques, et il n'est pas sans ironie de penser que Joris-Karl Huysmans, le romancier des âmes tourmentées et pourfendeur du dandysme, logea en ces lieux, quelques années après avoir dépeint un autre hôtel de Montesquiou sur le quai d'Orsay comme l'antre de Des Esseintes dans *À rebours*. Une confusion qu'il convient, pour la précision, de dissiper. L'acquisition par l'État en 1938, et sa conversion en ministère de la Coopération, inaugure une période de pragmatisme fonctionnel. Le revers de la médaille de cette utilité publique fut l'érection d'un massif immeuble de bureaux côté rue, occultant la façade d'origine et dévoyant la volumétrie initiale. Ce geste, typique d'une certaine conception de la modernisation, sacrifia l'intégrité architecturale pour la fonctionnalité administrative. Il en résulte que seule la partie sur jardin, fort heureusement inscrite aux Monuments Historiques, nous livre encore quelques vestiges de l'élégance brongniartienne. Le XXIe siècle l'a vu changer de main à plusieurs reprises, racheté par des investisseurs russes puis par l'État chinois, qui y a installé sa chancellerie après de longs travaux. Ces transactions, aux montants considérables, soulignent la valeur intrinsèque de ces propriétés dans l'imaginaire parisien, au-delà même de leur intégrité architecturale. L'Hôtel de Montesquiou est ainsi devenu un manifeste involontaire de la survie par l'adaptation, un témoin éloquent des appropriations successives, où chaque couche narrative ajoute à la complexité de son histoire, mais où l'esprit originel de Brongniart ne se perçoit plus qu'en de rares éclats, derrière un écran de fonctions et de restaurations successives.