11 rue Léon-Lhermitte, Paris 15e
Érigé dans le quinzième arrondissement parisien, le Lycée Camille-Sée se présente comme un spécimen éminent de l'architecture Art Déco des années 1930, bien que son expression en soit particulièrement mesurée, voire austère, en façade. Conçu par François Le Cœur, dont l'œuvre fut achevée par son fils, le bâtiment s'inscrit dans une volumétrie imposante, occupant un îlot entier, et reflète les contraintes d'une parcelle urbaine exigüe. Cet impératif spatial a conduit à une verticalité notable – cinq niveaux au-dessus du sol, doublés de trois étages souterrains – et à des fondations d'une importance capitale, rendues nécessaires par un sol capricieux mêlant sable et argile, héritage d'un ancien site industriel où s'élevait jadis l'usine à gaz de Vaugirard, lieu d'un envol historique pour Léon Gambetta en 1870. Sa situation en face du square Saint-Lambert lui confère une respiration, rompant l'alignement strict du tissu urbain. Les matériaux choisis pour l'extérieur, un béton teinté par l'adjonction de granite rose concassé et de débris de marbre, confèrent à l'ensemble une dignité solide, une certaine gravité républicaine propre à l'édifice public. Cependant, la rigueur de l'enveloppe cède la place, à l'intérieur, à une esthétique plus généreuse et caractéristique de l'époque. Les vastes galeries sont ornées de faïences, et la cour, parsemée de mosaïques dont le dessin labyrinthique invite à la contemplation, ainsi que les halls, témoignent d'une intention décorative plus affirmée. Ce contraste entre l'extérieur dépouillé et l'intérieur soigné, presque opulent dans son détail, révèle une dialectique spatiale intrigante, typique des constructions de prestige de l'entre-deux-guerres. L'établissement recelait autrefois des dispositifs fonctionnels singuliers, révélateurs d'une certaine conception de la circulation et de la hiérarchie. Un souterrain discret, aujourd'hui condamné, permettait aux élèves d'accéder au lycée depuis le square, tandis que la rotonde principale était exclusivement dévolue au corps enseignant et administratif. Des escaliers mécaniques, symboles d'une modernité audacieuse pour l'époque, facilitaient jadis les déplacements entre certains étages avant d'être retirés pour des raisons de sécurité, marquant une évolution pragmatique des normes. Initialement dévolu à l'éducation des jeunes filles, en hommage à l'action législative de Camille Sée, l'établissement, inauguré en 1935, fut même réquisitionné comme hôpital de campagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son inscription aux monuments historiques en 1995 a consacré sa valeur architecturale et patrimoniale. Au fil des décennies, il a vu défiler des figures notables, de Simone de Beauvoir et Maurice Clavel en chaire, à des élèves devenus personnalités publiques, Matthieu Pigasse ou Antoine Armand. Son ancrage dans la culture populaire est attesté par son apparition dans des œuvres cinématographiques, dont le film remarqué « 120 battements par minute », faisant du Lycée Camille-Sée plus qu'un simple lieu d'enseignement, mais un marqueur dans le paysage urbain et mémoriel de Paris.