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Lycée Saint-Louis-de-Gonzague

Lycée Saint-Louis-de-Gonzague

12 rue Benjamin-Franklin, Paris 16e

L'Envolée de l'Architecte

L'établissement Saint-Louis-de-Gonzague, que l'usage a curieusement rebaptisé « Franklin » d'après sa discrète localisation, représente un intéressant jalon dans l'architecture scolaire parisienne, moins par une audace formelle que par sa pérennité et son adaptation constante aux impératifs d'une institution vouée à l'excellence. Fondé en 1894, son implantation originelle rue Franklin, dans un Ouest parisien en pleine urbanisation, dénote d'abord un pragmatisme jésuite, soucieux d'ancrer son influence éducative dans un quartier en devenir. Il s'agit alors moins d'une prouesse architecturale que d'une occupation stratégique de l'espace, un « avant-poste » comme le texte le suggère, s'agrandissant par contiguïté immobilière, à l'instar de nombreuses institutions de cette époque. La véritable inflexion architecturale survient entre 1933 et 1935, sous l'égide de l'architecte Henri Viollet. L'édifice se pare alors d'une volumétrie caractéristique de l'Art déco, ce style de l'entre-deux-guerres qui, loin des effusions ornementales, privilégie une épure géométrique, une monumentalité fonctionnelle et une utilisation assumée des matériaux modernes. Au cœur de cette reconstruction, la chapelle est un témoignage frappant de cette période. Réalisée en béton armé, matériau alors en pleine conquête architecturale pour ses qualités structurelles et sa capacité à libérer des portées importantes, elle est conçue pour accueillir treize cents âmes. Son chœur est orné d'une fresque d'Henri de Maistre, issue des Ateliers d'art sacré, un mouvement alors actif dans le renouveau de l'art religieux, cherchant à concilier modernité et tradition spirituelle. Cette intégration d'œuvres d'art murales dans des espaces publics ou semi-publics est une marque distinctive de l'époque, inscrivant une dimension esthétique et didactique dans le quotidien des usagers. Il n'est pas sans intérêt de noter que ce complexe repose sur un substrat plus ancien et inattendu : d'anciennes carrières de Chaillot, dont les piliers maçonnés attestent d'une occupation souterraine du site bien avant sa surface architecturale. Cette superposition de strates historiques confère une certaine profondeur au lieu. De manière plus légère, l'une des cours de récréation, aménagée sur les toits, offre une dialectique saisissante entre le bâti dense et une perspective inattendue sur la Tour Eiffel. C'est là une manière astucieuse de créer un espace de respiration et de sport en milieu urbain, transformant une contrainte foncière en atout spatial. L'évolution de Franklin ne s'est pas arrêtée à Viollet. Les décennies récentes ont vu de nouvelles interventions, notamment sous l'impulsion de Laurent Poupart, avec la construction de nouveaux bâtiments et la rénovation continue. Les travaux confiés en 2021 à Jean-Marie Duthilleul et Benoît Ferré pour la chapelle, épaulés par l'artiste Patrick Rimoux, illustrent la constante adaptation et la mise à jour de cet édifice. Cela démontre une volonté de pérenniser la fonction et l'esthétique du lieu, sans rupture brutale avec l'héritage mais avec une interprétation contemporaine. L'anecdote de Georges Clemenceau, voisin rue Franklin, ou l'adhésion posthume du Général de Gaulle à l'association des anciens élèves, souligne l'ancrage de l'institution dans un certain pan de l'histoire et de la société française. L'architecture de Franklin, à l'image de son histoire, n'est pas celle d'une icône isolée, mais plutôt celle d'un organisme urbain en constante évolution, support discret mais efficace d'une ambition éducative et sociale qui a su traverser les époques, mariant la robustesse du béton armé à la finesse de la fresque, le sous-sol des carrières au survol des toits. Elle illustre la capacité d'une institution à façonner et à se fondre dans le tissu urbain sans jamais cesser de se réinventer.