Rue de la Mogère, Montpellier
Le château de Flaugergues, une de ces folies montpelliéraines de la fin du dix-septième siècle, achevé en mille-six-cent-quatre-vingt-seize, se présente comme une manifestation de l'ambition de son premier propriétaire, Étienne de Flaugergues, conseiller à la Cour des Comptes, Aides et Finances. Durant près d’un demi-siècle, ce dernier s'attacha à magnifier la propriété, inscrivant l'édifice dans une lignée de demeures de campagne aux allures urbaines, caractéristique de l'époque. L'ensemble, désormais propriété de la famille de Colbert, a traversé les siècles sans jamais être vendu, un fait digne d'intérêt pour sa pérennité et la conservation de son fonds d'archives familiales, dont l'inventaire en deux-mille-cinq a mis en lumière la richesse du patrimoine régional. L'architecture extérieure, avec son corps central encadré de deux corps latéraux, évoque la monumentalité d'une villa italienne du dix-septième siècle. L'appareillage de pierre de taille, rehaussé de larges bandeaux soulignant les niveaux, confère une dignité certaine à l'ensemble. Le toit, orné de tuiles creuses, d'épis de faîtage en forme de boules sur piédouche et de tuiles vernissées produites à Saint-Jean-de-Fos au dix-huitième siècle, parachève cette esthétique méditerranéenne. Le contraste entre l'ouverture et le retrait est notable : la façade principale s'expose généreusement sur les jardins et la ville, quand l'arrière, délibérément quasi-aveugle, arbore de fausses fenêtres pour maintenir l'illusion d'une composition pleine, délimitant ainsi une cour privée et le vignoble. Devant le château, les statues de La Paix et L’Abondance, sculptées par Jean-Louis Guyon en mille-sept-cent-vingt-huit, encadrent la terrasse. À l'intérieur, l'escalier à clefs pendantes constitue une prouesse technique manifeste, s'élevant sur trois étages sans le moindre soutien de pilier. Les salons sont meublés d'ensembles Louis Quinze et Louis Seize, complétés par une remarquable collection de porcelaines et de faïences anciennes, incluant un service de table aux armes de la famille de Saizieu, créé par Émile Gallé en mille-huit-cent-soixante-douze. La bibliothèque abrite quant à elle une série d’instruments scientifiques anciens, tandis que la chambre de l'Aigle, par son décor mural sur la Campagne d'Égypte peint en mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix par Diane de Montbron, apporte une touche d'exotisme tardif. Les jardins, labellisés Jardin remarquable depuis deux-mille-quatre, se déclinent en un jardin à la française, restitué au vingtième siècle avec l'aide d'Emmanuel de Sauvebœuf et ses dix mille pieds de buis, et un jardin à l'anglaise aménagé dès mille-huit-cent-quarante-sept, abritant des espèces notables comme un cocotier du Chili planté en mille-huit-cent-soixante-quatorze. L'exploitation viticole, attestée depuis l'époque gallo-romaine, a connu les affres du phylloxéra au dix-neuvième siècle mais a été restructurée avec détermination par Henri de Colbert à partir de mille-neuf-cent-soixante-treize, s'orientant vers la vente en bouteille et les appellations d'origine protégée, attestant de la résilience agricole du domaine. Une nouvelle cave éco-responsable, édifiée en deux-mille-seize, s'inscrit dans une démarche agronomique durable. Enfin, il est à noter que la demeure, au-delà de son statut de monument historique classé depuis le vingt-trois avril mille-neuf-cent-quatre-vingt-six, a même prêté ses décors à quelques productions cinématographiques, prolongeant ainsi sa présence discrète dans le panorama culturel.