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Couvent des Petits Augustins

Couvent des Petits Augustins

14 rue Bonaparte 11, 13, 15, 17 quai Malaquais, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

Le site de l'actuelle École nationale supérieure des beaux-arts, rive gauche, offre un exemple éloquent de palimpseste architectural, où les strates du temps se sont superposées avec une certaine ironie, transformant un couvent augustin du XVIIe siècle en temple des arts, puis en un musée avant de devenir le foyer de l'enseignement académique. Ce n'est pas une création *ex nihilo*, mais une sédimentation d'usages et de formes. La construction la plus ancienne, la chapelle hexagonale, vestige solitaire du palais de la reine Margot, fut intégrée au couvent des Petits Augustins dès le XVIIe siècle. Ce prieuré de la Sainte-Trinité, dont les travaux débutèrent en 1619, posa le premier jalon d'une histoire architecturale complexe. L'expropriation des moines lors de la Révolution, en 1795, marqua une rupture décisive, le lieu étant alors aménagé pour le Musée des Monuments français. Sous l'égide d'Alexandre Lenoir, il devint un conservatoire d'œuvres rescapées des fureurs iconoclastes, exposant même les tombeaux des rois de France, conférant déjà au site une vocation pédagogique par l'objet, une sorte de didacticisme par le fragment. Lorsque Louis XVIII ordonna la fermeture du musée en 1816, et que ses collections furent en partie dispersées – non sans que de nombreux éléments demeurent, ce qui fut capital –, les lieux furent affectés à l'École des beaux-arts. C'est à François Debret, nommé en 1819, que l'on doit les premiers édifices pensés pour l'enseignement : le bâtiment des Loges et les premières assises du Palais des Études. Mais c'est son élève et beau-frère, Félix Duban, qui orchestra la métamorphose la plus spectaculaire. Succédant à Debret, il poursuivit le Palais des Études et conçut le bâtiment des expositions sur le quai Malaquais. Le génie de Duban réside dans son approche du *réemploi* : il intégra, avec une audace parfois frontalière du pastiche érudit, des éléments architecturaux hétéroclites – arcs et ornements provenant des châteaux d'Anet et de Gaillon notamment – rescapés de l'ancien musée. Cette démarche créa une unité visuelle certaine, mais composite, un collage monumental qui fut longtemps la signature du lieu. Il est d'ailleurs notable que la dépose, en 1977, de l'arc d'Anet, qui s'inscrivait de manière si éloquente entre la cour d'entrée et la cour d'honneur, ait été perçue comme une « dénaturation » de l'œuvre singulière de Duban, révélant la fragilité de cette unité construite sur des ruines. L'expansion de l'école ne cessa de se heurter aux limites du site. L'acquisition de l'hôtel de Chimay en 1883 apporta un complément bienvenu, mais l'après-guerre vit l'intervention d'Auguste Perret, qui conçut de nouveaux ateliers de trois étages. Ces ajouts, aussi fonctionnels fussent-ils pour répondre à l'accroissement des effectifs, eurent le mérite douteux d'« étouffer » quelque peu les vénérables structures historiques, illustrant le conflit perpétuel entre nécessité pragmatique et respect patrimonial. Les réformes successives de l'enseignement, notamment la séparation de l'architecture en 1968 – une décision de Malraux répondant aux conflits de l'académisme, brisant l'unité des arts – et les aménagements consécutifs, soulignent la tension constante entre tradition et modernité. L'institution, tout en conservant un patrimoine artistique colossal (plus de 450 000 œuvres), a dû, et doit encore, se réinventer, comme en témoigne la modernisation de sa bibliothèque en médiathèque d'actualité, ou les débats plus contemporains sur ses propres usages et conventions, à l'image de la récente polémique #metoo qui a secoué ses murs, rappelant que même les institutions les plus ancrées dans l'histoire ne sont pas immunes aux mouvements de leur époque.