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Basilique Notre-Dame-du-Port

Basilique Notre-Dame-du-Port

Place Notre-Dame-du-Port, Clermont-Ferrand

L'Envolée de l'Architecte

La Basilique Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand se présente à l'observateur comme une pièce maîtresse, bien que parfois bousculée, de l'art roman auvergnat. Érigée dans un quartier qui, par son appellation même, le Port, révèle une vocation ancienne de carrefour commercial – un fait souvent négligé au profit de l'aura spirituelle –, elle témoigne d'une pérennité remarquable, par-delà les vicissitudes des siècles. Son histoire, d'abord enracinée dans une tradition quasi légendaire d'une fondation par Saint Avit au VIe siècle, puis d'une reconstruction après les ravages normands, semble avoir été, avec une certaine ingéniosité, orchestrée par ses chanoines dès le Xe siècle pour asseoir une légitimité historique. La véritable construction de l'édifice actuel, cette œuvre d'arkose blonde des carrières de Montpeyroux, s'est étendue du second quart du XIIe siècle jusqu'au début du XIIIe, marquant une période de cohérence stylistique, malgré les traumatismes sismiques du XVe siècle qui exigèrent le remplacement du pinacle par un modeste clocheton à bulbe. Ce monument, initialement désigné comme Sainte-Marie Principale, arbore un plan en croix latine, d'un type basilical classique, dont l'harmonie est souvent attribuée à l'application du nombre d'or, une perfection presque mathématique dans ses six travées et ses bas-côtés voûtés d'arêtes. L'élévation interne, avec un chœur surélevé s'ouvrant sur un déambulatoire et quatre chapelles rayonnantes, offre une sobriété élégante, contrastant avec la richesse ornementale de certains détails. L'ingéniosité structurelle est particulièrement notable au niveau de la croisée du transept : l'épaulement de la coupole par des demi-coupoles permettait, jadis, une abondance de lumière, soulageant les supports centraux d'une charge excessive. Le chevet, emblématique de l'architecture de pèlerinage, décline une succession de toits étagés, dont les mosaïques de pierres volcaniques, aux accents mozarabes, confèrent une touche d'exotisme discret à la blondeur générale de l'arkose. Il est couronné par ce massif barlong singulier, une superposition de volumes qui accentue l'ascension vers le clocher. Mais l'histoire de Notre-Dame-du-Port est aussi celle de ses restaurations, miroirs des doctrines architecturales fluctuantes. Après les destructions révolutionnaires – clochers abattus par souci d'égalité, et une délibération pour la raser au profit d'un marché, fort heureusement contrariée par une pétition citoyenne – elle connut une série de réparations dont l'intention fut sans doute louable, mais le résultat parfois discutable. Monsieur Ratoin, au début du XIXe siècle, lui adjoint un clocher occidental néo-roman en pierre de Volvic, rompant résolument avec l'esthétique originelle. Monsieur Mallay, ensuite, remplaça les tuiles canal d'origine par des dalles de Volvic, une décision que la restauration contemporaine (2003-2006) s'est empressée de corriger, restituant à la toiture son imperméabilité et son aspect primitif. Plus subtil encore fut le dilemme des intérieurs : Ruprich-Robert, au début du XXe, dégagea la pierre à nu, supprimant les badigeons, dans une quête alors considérée comme authentique. Il fallut attendre la dernière campagne (2006-2008) pour que, dans un mouvement pendulaire, l'on restitue ces badigeons, jugés désormais plus fidèles à l'esthétique romane médiévale, un constant réapprentissage de l'histoire du bâti. Les sculptures, véritables pages de pierre, racontent une pédagogie complexe. Le tympan du portail sud, une rareté en Auvergne, déploie un cycle christologique, encadré par les prophètes Isaïe et Jean-Baptiste, dont les traces de polychromie ancienne évoquent une vivacité perdue. Les chapiteaux, considérés parmi les plus beaux d'Auvergne, entremêlent motifs végétaux, scènes narratives mariales, du Salut, ou encore la psychomachie, ce combat des vices et des vertus, souvent avec une verve populaire. La présence de la Vierge noire souterraine, copie du XVIIIe siècle d'une statue dont le culte remonte au moins à Louis XI, attire toujours les fidèles, perpétuant une dévotion populaire qui fut à l'origine de l'agrandissement et du réaménagement des cryptes aux XVIIe et XVIIIe siècles pour faciliter la circulation des pèlerins. Enfin, pour l'anecdote qui l'ancre dans une culture plus contemporaine, la basilique servit de décor à l'ouverture du film d'Éric Rohmer, Ma nuit chez Maud, offrant ainsi sa pierre blonde à la cinéphilie.