1 à 7, 2 à 10 place Édouard-VII 16 à 22 boulevard des Capucines, Paris 9e
La place et le Théâtre Édouard VII, édifiés au début du XXe siècle, constituent une de ces entreprises urbanistiques tardives où le Paris haussmannien, à bout de souffle, tenta une ultime démonstration de son savoir-faire ordonnateur. Loin de l'élan impérial du Second Empire, il s'agit ici d'une opération plus mesurée, presque une parenthèse néo-classique en plein cœur d’une ville déjà largement structurée, cherchant à instaurer une élégance discrète et cohésive. L'ensemble, œuvre de l'architecte Cassien Bernard, disciple de Pascal, est une commande qui devait initialement honorer la mémoire de l'amitié franco-britannique symbolisée par le roi Édouard VII. Ce ne fut pas une révolution stylistique, mais plutôt une réaffirmation des principes académiques alors dominants, ceux d'une architecture de pierre de taille calcaire, aux modénatures contenues, où le vocabulaire classique (pilastres, balustrades, frontons triangulaires discrets) sert à unifier plutôt qu'à ostenter. Le théâtre lui-même s'insère dans cette composition d'immeubles homogènes, sa façade s'efforçant d'épouser le rythme général de la place. L'architecte, loin de vouloir créer un monument singulier, a préféré l'intégration à l'ensemble. On y discerne une dialectique entre le besoin d'une entité scénique reconnaissable et la nécessité d'une harmonie urbaine. Le plein de la maçonnerie, aux percements réguliers, délimite un espace public, tandis que le vide des ouvertures de la salle, discrètement signalées, invite à un intérieur qui, selon les canons de l'époque, déploie un luxe plus manifeste. L'auditorium, typiquement à l'italienne, s'écarte alors de la sobriété extérieure pour offrir son lot de velours, de dorures et de stucs, répondant aux attentes d’un public en quête d’évasion mondaine. C'est le contraste habituel entre l'apparat public et le confort intimiste du spectacle. Ce lieu fut notablement marqué par la présence de Sacha Guitry, qui en fit son véritable fief durant de longues années, au point que le nom du dramaturge est presque indissociable du théâtre. Guitry y créa nombre de ses pièces, y joua, et y imprima sa marque indélébile, transformant la salle en un cénacle de l'esprit parisien. Son association si étroite avec le lieu est une des rares anecdotes réellement saillantes de son histoire architecturale, révélant comment une personnalité peut façonner l'âme d'un édifice bien au-delà de sa conception initiale. Son passage de salle de théâtre à cinéma pendant une décennie, entre 1931 et 1940, est également symptomatique des bouleversements des pratiques culturelles de l'entre-deux-guerres, avant qu'il ne retrouve sa vocation première, sous l'impulsion de directeurs successifs qui s'efforcèrent de maintenir son statut de scène théâtrale respectée. La réception de l'œuvre fut celle d'une élégance attendue, d'un ajout sans esclandre au tissu parisien, garantissant un certain standing sans jamais prétendre à l'avant-garde.