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Ensemble archiépiscopal

Ensemble archiépiscopal

Rue Saint-Romain Rue du Change, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

L'ensemble archiépiscopal de Rouen, ce vaste organisme greffé au nord de la cathédrale, déploie un témoignage singulier de l'évolution urbaine et religieuse. Il ne s'agit pas d'un bloc monolithique, mais d'une agglomération de strates, de réfections, et de démolitions, manifestant une histoire faite d'adaptations et de compromis. La Cour des Libraires, par exemple, illustre parfaitement cette dynamique. Née d'une cession de terrain en 1281 pour l'érection d'un portail septentrional à la cathédrale, elle fut le fruit d'une pragmatique transaction. La chapelle Sainte-Marie, qui en occupait initialement l'emplacement, dut céder la place, n'en laissant que des vestiges discrets, un portail ici, une abside là. Jean Davy signa le premier Portail des Libraires, avant que Guillaume Pontifs ne vînt, au quinzième siècle, en remodeler l'avant-corps, y adjoignant des sculptures dont l'absence actuelle, après une restauration du dix-neuvième siècle, laisse deviner une approche alors plus interventionniste que conservatrice. L'appellation même de la cour, initialement celle des Boursiers, puis des Libraires dès la fin du quinzième siècle, révèle un glissement d'une fonction purement financière à un centre d'érudition et de commerce du savoir. Les échoppes qui la bordaient abritaient ainsi scribes, enlumineurs et relieurs, conférant à cet espace une activité intellectuelle bourdonnante. On y vit même, vers 1424, la construction d'une bibliothèque audacieuse au-dessus du cellier du chapitre, preuve d'une vitalité culturelle indéniable. Plus à l'ouest s'étend la Cour d'Albane, espace marqué par l'ambition inachevée d'un cloître canonial de grande envergure. Initié à la fin du treizième siècle, le projet fut brusquement interrompu, son achèvement partiel coïncidant, semble-t-il, avec le décès de l'archevêque Eudes Rigaud. Ce qui devait être un quadrilatère structuré d'ailes conventuelles, abritant salle capitulaire, cellier, et four à pain, se mua en un ensemble disparate. Le dix-neuvième siècle, avec sa ferveur pour le dégagement des monuments, opéra ici un vaste nettoyage, démolissant des édifices tels la prison capitulaire ou la tour de la Trésorerie. L'intention était louable, visant à offrir une meilleure perspective sur la cathédrale, mais le résultat fut souvent une perte irrémédiable de l'échelle et du contexte originels, transformant l'espace en terrain vague, puis en jardin en 1912. La restauration des grandes baies du cloître par Louis Sauvageot en 1886, avec ses remplages réinventés pour l'adapter en sacristie, illustre ces pratiques de réemploi et d'interprétation qui caractérisent l'histoire de la conservation. Les fouilles de 1985, révélant les fondations d'une basilique paléochrétienne, soulignent la profondeur temporelle de ce site, un socle ancien sur lequel se sont superposées d'innombrables vies et architectures. La transformation récente en jardins publics, un geste contemporain visant à ouvrir l'espace, clôt un chapitre de mutation perpétuelle, sans jamais figer l'identité de ce lieu. La maison de l'Œuvre, classée depuis 1927, témoigne de la reconnaissance tardive de l'importance de ces éléments périphériques, désormais protégés comme vestiges d'une histoire complexe.