Place du Château 8, rue des Écrivains, Strasbourg
L'édifice qui abrite aujourd'hui le lycée Fustel-de-Coulanges, campé au cœur de Strasbourg, à l'ombre bienveillante ou peut-être légèrement écrasante de la cathédrale et jouxtant le palais Rohan, ne révèle pas d'emblée les strates d'une histoire architecturale complexe. Ses façades, d'un classicisme sobre et ordonné, témoignent d'une origine jésuite du XVIIe siècle, période où la symétrie et la régularité des ouvertures prévalaient, offrant une lecture claire de la fonction institutionnelle, sans fioritures superflues. L'implantation même, à proximité du Grand Séminaire, suggère une intention urbanistique de cohérence et de majesté discrète, typique de l'époque post-annexion royale. C'est en 1685, sous l'égide de Louis XIV, fraîchement maître de Strasbourg, et dans le sillage de la révocation de l'Édit de Nantes, que fut fondé ce Collège royal. Il s'agissait alors de forger, à l'aide de la discipline jésuite, une jeunesse alsacienne fidèle aux préceptes catholiques et à la langue française. Une ambition politique traduite dans la pierre par une architecture dont la rigueur devait inspirer l'ordre et la dévotion. Les espaces intérieurs, sans être décrits avec précision, devaient s'articuler autour de cours, offrant des vides structurants au sein d'une masse bâtie dédiée à l'enseignement et à la vie communautaire, un schéma récurrent dans les institutions éducatives de l'époque. Après les soubresauts révolutionnaires qui virent une éphémère école centrale occuper les lieux, le bâtiment retrouva sa vocation éducative sous Napoléon Ier en 1804, devenant l'un des plus anciens lycées impériaux de France. Il connut ensuite une succession d'appellations – Collège royal, Lycée national, Lycée impérial, puis Kaiserliches Lyzeum durant l'annexion allemande – chacune marquant les vicissitudes politiques de l'Alsace. C'est durant cette période que le jeune Jules Ferry, futur architecte de l'école républicaine, y fit ses classes au milieu du XIXe siècle, obtenant le prix d'honneur de philosophie, avant de rejoindre la faculté de droit de la ville. Une anecdote moins glorieuse, mais révélatrice des tensions culturelles, fut le retrait de l'élève Charles Andler par ses parents en 1879, soucieux de le soustraire à l'influence germanique. L'établissement, rebaptisé Fustel-de-Coulanges en 1919, en hommage à l'historien qui professa ici, fut contraint à une nouvelle germanisation sous l'Occupation, prenant le nom d'Oberschule Erwin von Steinbach, figure associée à la cathédrale. Cependant, l'esprit de résistance se manifesta de manière remarquable par l'action d'Alfred Wetzel, censeur, qui, au péril de sa vie en 1940, emporta avec lui des dossiers d'élèves juifs, leur offrant ainsi une chance de survie. Au-delà de ces péripéties historiques, l'établissement a su maintenir une excellence académique, se distinguant par ses classes préparatoires, notamment celles qui mènent à l'École nationale des Chartes, un domaine où son classement national est notable. Il témoigne d'une capacité à se projeter dans la modernité, comme en attestent les expérimentations informatiques des années 1970, lorsque ce lieu séculaire accueillit un mini-ordinateur CII Mitra 15, preuve qu'un bâti classique peut, avec une certaine désinvolture, s'accommoder des technologies les plus avant-gardistes de son temps. C'est un exemple de persistance institutionnelle, d'une capacité à traverser les âges et les régimes, tout en conservant une fonction éducative cardinale, sous un voile de discrétion classique.