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Hôtel de Largentière

Hôtel de Largentière

5 rue de Paris, Saint-Maur-des-Fossés

L'Envolée de l'Architecte

L’Hôtel de Largentière, sis au 5 rue de Paris à Saint-Maur-des-Fossés, se présente comme une curieuse superposition de strates temporelles, un palimpseste architectural où les intentions originelles s’estompent sous les retouches ultérieures. Ses fondations, discrètes et profondes, attestent d’une première édification au XVIIe siècle, période de l’affirmation du classicisme et de la grandeur en architecture. Cependant, la physionomie la plus saillante, et certainement la plus délibérée, n’est autre que sa façade postérieure, entièrement remaniée en 1733. Ce réaménagement, œuvre de la famille de Jean-Paul-François de Noailles, époux d’Henriette-Anne-Louise d’Aguesseau et parents de la future épouse de La Fayette, révèle un glissement d’esthétique. Il est probable que cette rénovation, axée sur la façade donnant peut-être sur un jardin ou un espace plus intime, ait cherché à insuffler la légèreté et la fantaisie naissantes du Rococo, succédant à la rigueur solennelle de l’époque précédente. Les barreaux ouvragés des fenêtres, le garde-fou de la terrasse, supposément ornés d’un monogramme, participent de cette nouvelle grammaire décorative, où le fer forgé devient un élément de raffinement et de sinuosité, contrastant avec la massivité des constructions antérieures. L’attribution romanesque du nom l’Argentière, prétendument inscrite dans ces mêmes motifs, se voit hélas démentie par une investigation historique plus rigoureuse, ne reposant sur aucune assise probante. Une coquetterie onomastique, sans doute, un attribut postiche pour conférer un lustre d’antan à une demeure dont la véritable noblesse réside dans sa filiation architecturale et historique. La proximité, autrefois, avec l’Hôtel du Petit-Condé, aujourd’hui disparu, évoque un tissu urbain aristocratique aujourd’hui fragmenté, rendant l’Hôtel de Largentière un témoignage isolé d’un faste évanoui. Classé monument historique en 1971 pour ses façades et sa toiture, l’édifice demeure une propriété privée, soustraite au regard du public. Cette préservation officielle, certes louable, contraste avec son usage occasionnel comme décor pour des productions cinématographiques, à l’instar du film L’Étudiante et Monsieur Henri en 2015. Une réappropriation superficielle, où l’épaisseur historique se mue en simple toile de fond, vidée de sa substance, réduite à une esthétique consommable. L’Hôtel de Largentière continue ainsi de traverser les époques, muet témoin des évolutions du goût, des fortunes aristocratiques et des caprices de la postérité.