Frouville
L'église Saint-Martin de Frouville présente, dès l'abord, une singulière superposition de volontés constructives, un dialogue parfois hésitant entre les époques. Son clocher roman, daté du premier quart du XIIe siècle, se distingue par des dispositions peu communes dans la région. Ses arcatures décoratives plaquées, au premier étage, et ses fins contreforts orthogonaux, associés à une flèche de pierre octogonale aux arêtes garnies de boudins, en font un exemple d'une exécution soignée, héritée de traditions normandes, qui surpasse les standards locaux. Ce vestige d'une église antérieure se dresse comme une affirmation de solidité, contredisant parfois la plus modeste ambition des parties gothiques qui l'enserreront. La reconstruction principale, amorcée entre 1220 et 1240, témoigne d'une économie de moyens assez manifeste. La nef, par exemple, n'a jamais été voûtée. Ses grandes arcades, d'une simplicité fonctionnelle, supportent une charpente lambrissée en carène renversée, agrémentée, chose inattendue pour une structure si contrainte, de sablières sculptées de figures et de rinceaux du gothique flamboyant, un ajout ultérieur qui vient enjoliver une rusticité originelle. Les fenêtres hautes se réduisent à de modestes oculi, signes d'un budget serré, souvent observé dans les églises rurales de cette période. Le chœur, pour sa part, affiche un parti plus ambitieux avec ses voûtes d'ogives et ses colonnettes en délit, bien que son axe légèrement dévié suggère une interruption du chantier, voire un ajustement pragmatique. Il est à noter l'existence d'une piscine liturgique dans le soubassement de la baie de droite, vestige d'une pratique séculaire. L'édifice surprend par la présence d'une seconde abside au sud du chœur, presque sa réplique, mais de dimensions légèrement réduites et sans communication directe primitivement avec le vaisseau principal. Cette chapelle, probablement seigneuriale, a malheureusement subi en 1925 une restauration dont le manque de goût et de soin a dénaturé l'esprit originel, comme en témoignent les joints de ciment noir et les chapiteaux refaits sans égard pour leurs modèles voisins. Anatole de Baudot, l'architecte du XIXe siècle, avait déjà commis l'erreur de modifier des éléments authentiques de l'église dans ses publications, les jugeant à tort comme de mauvaises réfections modernes. Plus tard, une grande chapelle septentrionale fut ajoutée, plus tardivement, affichant les seules fenêtres à remplage gothique rayonnant de l'ensemble, un luxe architectural notable dans une construction par ailleurs modeste. Malgré ces ajouts successifs et les vicissitudes des restaurations, dont certaines ont laissé une empreinte discutable sur la perception de l'authenticité, l'église conserve quelques éléments mobiliers dignes d'intérêt, à l'instar d'un Christ en croix du XVe siècle et de dalles funéraires qui rappellent les seigneurs locaux, tel Philippe de Boulainvilliers ou Laurent Testu, dont les épitaphes, parfois effacées, racontent silencieusement l'histoire de ce lieu de culte qui, bien que n'accueillant plus que sporadiquement les offices, demeure un témoignage composite des évolutions architecturales du Vexin. Le visiteur attentif y lira une histoire faite de compromis financiers et d'ambitions inégales, caractéristiques de ces édifices qui traversent les siècles en s'adaptant, non sans quelques heurts, aux besoins et aux moyens de leurs bâtisseurs.