Quai de Conti, Paris 6e
Le Palais de l'Institut, ce monument de l'érudition et de la science françaises, n'est en somme que le fruit d'une ambition posthume, celle du cardinal Mazarin. Par son testament de 1661, il légua une fortune considérable pour l'édification d'un collège, dévolu à l'instruction de soixante jeunes gentilshommes issus des quatre nations récemment rattachées à la couronne. Une noble intention, bien qu'ancrée dans une logique de glorification royale et personnelle. C’est Louis Le Vau, l'architecte du Roi-Soleil, qui fut chargé de traduire cette volonté en pierre, choisissant un site stratégique sur la rive gauche de la Seine, faisant face à la Cour Carrée du Louvre. Une sorte de dialogue architectural, muet et permanent, s'instaurait ainsi entre les rives du pouvoir et celles du savoir naissant. Le Vau conçut un édifice d'une symétrie rigoureuse, caractéristique du classicisme français, dominé par une coupole centrale – un geste architectural fort, signifiant la centralité du savoir, bien que son érection originelle fût celle d'une chapelle. Deux pavillons encadrent la façade curviligne, offrant une ampleur théâtrale à l'ensemble. La pierre de taille, omniprésente, confère une dignité certaine, un poids historique que le temps n'a fait qu'accentuer. Il fallut attendre 1688 pour que cette vision mazarinienne prenne corps, un temps long pour une œuvre qui, d'emblée, affichait une monumentalité calculée. Mais le destin de ces pierres ne fut pas celui d'un collège éternel. Les soubresauts de l'histoire, et singulièrement la Révolution qui balaya les anciennes académies royales, puis l'Empire, transformèrent l'usage du lieu. En 1805, Napoléon, soucieux de doter le jeune Institut de France d'une assise digne de ses ambitions, y installa cette institution née en 1795. L'architecte Antoine Vaudoyer fut alors chargé de la conversion de la chapelle en salle de séances, un acte pragmatique qui supprima l'affectation religieuse au profit d'une fonction républicaine. Une transformation d'une relative discrétion, qui témoigne de la capacité du classicisme à s'adapter, non sans quelques compromis. Au XIXe siècle, l'ajout d'une aile par Hippolyte Le Bas, pour abriter les séances de travail, marqua une extension plus fonctionnelle, moins ostentatoire que le corps principal. L'édifice est, depuis 1862, classé monument historique, confirmant son statut d’icône du patrimoine. L'Institut lui-même, dit « Parlement du monde savant », n'échappa pas aux turbulences politiques. Sa structure évolua, subissant les remaniements de Napoléon qui n'hésita pas à supprimer la classe des sciences morales et politiques, jugée déloyale, puis les restaurations royales de Louis XVIII, qui réintroduisirent les titres d'académies avec quelques purges. C'est Louis-Philippe qui, en rétablissant l'Académie des sciences morales et politiques en 1832, donna à l'Institut sa configuration actuelle de cinq entités. Son emblème, Minerve, déesse de la sagesse, se niche dans la forme ovale de sa coupole – un symbole fort pour une institution dont les missions sont éminemment intellectuelles, mais dont le fonctionnement, comme l'a noté la Cour des comptes en 2015, manque parfois de la transparence que l'on attendrait d'un corps si prestigieux. D'ailleurs, les récentes fouilles en 2015, révélant un tronçon de l'enceinte de Philippe Auguste sous ses fondations, nous rappellent que même les bastions de la pensée s'érigent sur les strates d'une histoire plus ancienne et, parfois, plus rude.