11, rue des Pierres, Meudon
Le Musée d'Art et d'Histoire de Meudon ne s'offre pas comme une œuvre architecturale singulière et dédiée à sa fonction actuelle, mais plutôt comme le fruit d'une sédimentation historique, une demeure du XVIIe siècle qui, par une succession d'occupations et d'adaptations, est parvenue à l'état de monument classé en 1891, bien avant d'embrasser sa vocation muséale. Il ne s'agit point ici d'une architecture pensée pour la monstration, mais d'un bâti domestique patiemment reconverti, dont la valeur réside davantage dans son passé que dans une intention architectonique muséale originelle. À l'origine, au XVIe siècle, lorsque le chirurgien royal Ambroise Paré en fit l'acquisition, la propriété se présentait sous la forme prosaïque de « deux corps de logis » séparés par un jardin, un ensemble modeste et utilitaire, composé de cave, chambres et grange, couvert de tuiles. On s'étonne à peine d'apprendre que ses tentatives d'agrandissement, bien qu'il y mît une énergie certaine avec « maçons » et « plants d'arbres » commandés, échouèrent. Une anecdote digne d'intérêt, révélée par Paré lui-même, demeure la découverte d'un crapaud « au profond des pierres », sans « aucune apparence d'ouverture », dans ses vignes meudonnaises, témoignage curieux des observations naturalistes de l'époque. C'est au XVIIe siècle que l'édifice acquit sa physionomie actuelle, Rollin Burin, conseiller du Roi, le transformant « considérablement » par l'adjonction de deux ailes flanquées de pavillons carrés aux extrémités. Cette expansion reflète une ambition sociale et une recherche de symétrie classique, typiques de l'époque, élevant la structure d'une simple ferme à une demeure plus formelle. C'est dans ce cadre plus auguste que l'on retrouve Armande Béjart, veuve de Molière, qui en fit sa maison de campagne. Pour 5 400 livres, somme alors non négligeable, la comédienne y trouvait un havre de paix relatif, loin des tracas de la troupe théâtrale parisienne, comme en témoignent les allées et venues occasionnelles de sa famille, malgré des obligations scéniques incessantes. Le lieu, ainsi investi par une figure majeure du théâtre classique, en acquiert une patine culturelle indéniable. Les XVIIIe et XIXe siècles virent se succéder divers occupants, chacun laissant son empreinte. Pierre Poulain de Launay, grammairien et ancien trésorier des Menus Plaisirs du Grand Dauphin, y installa même une école, transformant temporairement cette demeure en un temple de la pédagogie, mû par la conviction religieuse de ne pas « enfouir le talent de l'éducation ». Plus tard, Anne-Louise-Marie Hupais, belle-sœur du dessinateur Jean-Baptiste Isabey, y tint salon, accueillant artistes et personnalités, ornant le jardin de noms évocateurs tels que le « bosquet de l'amitié », signalant une période de raffinement mondain. L'inévitable division de la propriété en 1875, morcelant son intégrité, fut heureusement tempérée par l'intervention d'Augustin Dulaurier. Celui-ci, en 1891, fit classer l'ensemble au titre des Monuments Historiques, non sans avoir mis à jour, sous d'épaisses couches de papier peint, des peintures murales dans le salon principal, dont la restauration fut confiée à un certain M. Jouvenot, « jeune artiste » dont l'adresse est saluée. C'est cette reconnaissance patrimoniale précoce qui ouvrit la voie à son acquisition par la ville de Meudon en 1941 et à son inauguration en tant que musée d'histoire locale en 1943, sous l'appellation évocatrice de « Villa Molière ». Depuis sa municipalisation en 1973, l'édifice a connu plusieurs campagnes de réfection, preuve de la constante tension entre la nécessaire préservation d'une structure ancienne et l'impératif d'une fonctionnalité muséale moderne, incluant l'accessibilité universelle, exigence qui ne pouvait qu'être étrangère à ses concepteurs originels. Les travaux récents, jusqu'en 2012, ont tenté de concilier ces impératifs, ouvrant le lieu à un public plus large. Les collections, d'une variété somme toute éclectique, se déploient autour de trois axes : l'histoire locale, parfois anecdotique, des châteaux de Meudon ; la peinture française de paysages, riche notamment d'une donation Grellety Bosviel qui permet d'apprécier la « belle boucle » de la Seine à travers des maîtres du XIXe siècle tels que Daubigny ou Marquet ; enfin, la sculpture et la peinture française de la seconde moitié du XXe siècle, avec des noms résonnants comme Arp, César, Stahly ou Muller. Cette juxtaposition de patrimoines hétérogènes – de l'artefact local à la sculpture d'avant-garde – dans les espaces d'une demeure classique soulève la question de la cohérence muséographique et de l'adéquation entre le contenant et le contenu. Le "label Musée de France", obtenu en 2003, vient apposer un sceau administratif sur cette entreprise de valorisation d'un lieu dont l'histoire et les strates d'occupations, plus que l'architecture en tant que telle, constituent le principal attrait.