Parc d'activités Val-de-Seine, rue du Capitaine-Alfred-Dreyfus, Alfortville
L'on s'interroge parfois, avec une certaine distance, sur la juste mesure de la noblesse patrimoniale attribuée aux vestiges de notre ère industrielle. La Cokerie Paris-Sud, sise entre Alfortville et Choisy-le-Roi, offre à cet égard un cas d'étude particulièrement révélateur, non pas tant pour ses processus de carbonisation du charbon, que pour les structures périphériques qui en assuraient le fonctionnement humain et administratif. Érigée en 1955 sous la houlette des architectes Henri et Louis Marty, cette installation de Gaz de France s'inscrit pleinement dans le pragmatisme constructif de l'après-guerre, où l'urgence de la reconstruction et la nécessité d'une infrastructure énergétique performante dictaient une esthétique résolument utilitaire. Les Martys, sans s'écarter des principes fonctionnels qui prévalaient alors, semblent avoir orchestré un ensemble où la robustesse du béton armé, la rationalité des volumes et l'efficacité des circulations primaient sur toute fioriture. Il s'agissait de bâtir des garages, des vestiaires, un laboratoire, des espaces sociaux et un bâtiment administratif, autant d'éléments ancrés dans une tradition de l'ingénierie où le plein domine, exprimant une solidité structurelle, tandis que les rares percées visent avant tout la lumière et l'efficience des flux. C'est au sein de cet ensemble, d'une sobriété fonctionnelle incontestable, que s'immisce une note singulière : la mosaïque monumentale ornant le bâtiment administratif, commandée en 1954 à Fernand Léger par Gaz de France. Cette initiative, sans doute inspirée par la politique du 1% artistique alors en germe pour les édifices publics, visait à injecter une dimension symbolique – ici, le feu, emblème de l'énergie et de la transformation industrielle – au cœur même du labeur. Le destin de cette œuvre est d'ailleurs assez éloquent : exécutée après le décès de l'artiste par sa veuve Nadia Léger, elle soulève la question de l'authenticité de l'expression du maître, tout en perpétuant sa vision. L'on y discerne, peut-être, l'interprétation d'une main fidèle plutôt que le geste instinctif de l'originel. Aujourd'hui, cette œuvre, dont la maquette réside au musée Fernand-Léger de Biot, se trouve menacée, paradoxe d'une époque qui reconnaît la valeur patrimoniale de l'édifice (les garages-vestiaires, le bâtiment administratif, la galerie de liaison, le laboratoire et le bâtiment social sont inscrits aux monuments historiques depuis 2011), mais peine à assurer la pérennité de ses ornements les plus illustres. Les efforts de personnalités telles que Bernard Klein pour sa préservation rappellent la fragilité de ces témoins d'une époque où l'art et l'industrie tentaient, parfois avec succès, un dialogue. Cette cokerie, au-delà de sa fonction première désormais révolue, demeure un jalon discret, mais pertinent, de l'architecture industrielle française du milieu du XXe siècle, un témoignage de l'ambition d'une nation en pleine reconstruction de marier l'utilitaire à une forme, même modeste, d'élévation esthétique, sous le regard souvent indifférent des générations futures.