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Hôtel d'Almeyras

Hôtel d'Almeyras

30 rue des Francs-Bourgeois, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Alméras, discrètement blotti au cœur du Marais, offre un témoignage singulier de l'architecture domestique parisienne du premier quart du XVIIe siècle. Loin des splendeurs ostentatoires de certains palais royaux de l'époque, il illustre une certaine retenue, propre aux commandes de la bourgeoisie parlementaire et financière. C'est en 1611 que Louis Métezeau, architecte dont la postérité retient davantage ses contributions aux grandes œuvres publiques comme la Place des Vosges ou, indirectement, le Palais du Luxembourg, s'attelle à ce qui fut l'une de ses rares commandes privées. Un engagement somme toute modeste pour un homme de son envergure, œuvrant pour Pierre d'Alméras, conseiller et secrétaire des finances. Le marché, scellé avec le maître maçon Nicolas Jacquet, dépeint un processus de construction classique pour l'époque. L'édifice, initialement bâti entre 1611 et 1613, présentait cette alliance caractéristique de la pierre de taille et de la brique, une esthétique prisée sous le règne d'Henri IV et de la régence de Marie de Médicis, conférant à l'ensemble une allure à la fois sobre et digne. L'architecture de cette période s'ingéniait à conjuguer l'élégance de la façade sur cour avec une certaine fonctionnalité pour les dépendances. La structure originale fut toutefois complétée ; en 1625, une parcelle adjacente permit à Pierre d'Alméras d'élargir la façade sur jardin avec un second pavillon, accentuant sans doute la symétrie de son corps de logis. Les fastes intérieurs de cette première période se sont évanouis, ne subsistant que la trame structurelle. Cependant, l'hôtel connaîtra une transformation significative vers 1655, sous la propriété de Louis Bertauld. C'est à ce moment-là que fut réalisé le grand escalier. Un ajout loin d'être anodin, car l'escalier, de simple élément de circulation, devenait au milieu du XVIIe siècle un véritable manifeste architectural, un *escalier d'honneur* dont la monumentalité et le décor participaient pleinement à la dignité de la demeure. Cette intervention signale un goût en évolution, orienté vers une grandeur plus baroque, une préfiguration du classicisme français. Plus tard, en 1723, la ferronnerie de la porte cochère viendra affirmer l'adaptation continue de l'édifice aux styles successifs, chaque propriétaire imprimant sa marque sans dénaturer fondamentalement le squelette originel. La vie de l'Hôtel d'Alméras fut, à l'image de tant d'hôtels du Marais, une succession de destins. Du financier du roi au président de la Chambre des Comptes, il accueillit, après les turbulences révolutionnaires, des figures transitoires comme Barras, le temps d'une résidence éphémère de 1814 à 1815, avant de connaître une destinée plus prosaïque. Le XIXe siècle le vit décliner de sa fonction résidentielle aristocratique, transformé en tannerie, puis en lustrerie – un reflet édifiant des mutations socio-économiques du quartier, où les artisans et les manufactures prenaient la place des nobles. Les années 1930 lui offrirent une autre incarnation, celle de laboratoires pharmaceutiques, avant qu'une restauration salvatrice ne le ranime en 1983, suite à son classement comme monument historique en 1978. Aujourd'hui, cet hôtel particulier, conservé avec une intégrité relative – le grand escalier étant la principale intervention majeure postérieure à sa construction originelle –, reste une propriété privée. L'inaccessibilité de son intimité, dont le réalisateur Alain Corneau fut l'occupant pendant près de quarante ans, lui confère une aura paradoxale. On ne peut qu'en effleurer les lignes extérieures, deviner derrière ses façades une histoire riche et complexe, sans jamais en pénétrer l'intimité, le rendant un peu comme une belle figure d'un passé révolu, visible mais impénétrable.