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Hôtel de Broglie

Hôtel de Broglie

35-37 rue Saint-Dominique 9-13 rue de Bourgogne 30bis-32 rue Las-Cases, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel de Broglie-Haussonville, sis au 35, rue Saint-Dominique, incarne, non sans une certaine confusion historiographique avec son homonyme de la rue de Varenne, l'évolution complexe des demeures aristocratiques du Faubourg Saint-Germain. Érigé sur des parcelles dont les origines remontent au XVIIe siècle, cette adresse devint, entre 1720 et 1726, le théâtre d'une première campagne de construction majeure sous l'impulsion d'Achille de Broglie, marquant son ancrage dans ce quartier alors en pleine effervescence mondaine. Le XVIIIe siècle voit l'édifice traverser les mains de plusieurs familles, dont les Lignerac. Mais c'est au début du XIXe que la figure du baron Corvisart, médecin personnel de Napoléon, apporte une première touche significative. Il n'est pas seulement acquéreur pour 170 000 francs ; il y déploie un dessein d'embellissement, traçant des jardins que les aménagements ultérieurs n'auront de cesse d'amputer. Puis, la comtesse d'Haussonville s'y établit, étendant la propriété par des acquisitions successives jusqu'à la rue de Bourgogne, témoignant de l'appétit foncier de l'époque. C'est sous ce toit que François-René de Chateaubriand, familier des lieux, s'adonnait à une forme de contemplation toute personnelle : il est rapporté qu'il se tenait, les coudes appuyés à la cheminée, le dos légèrement voûté, pour se dévisager longuement dans le miroir. Une anecdote qui en dit long sur l'oisiveté studieuse de ces salons. La seconde moitié du XIXe siècle, période de profonds remaniements urbains parisiens, n'épargne pas l'hôtel. L'ouverture de la rue Las-Cases en 1855 entraîne une expropriation significative du jardin. Sous l'égide de Joseph d'Haussonville, puis du comte Aymard Louis Marie Charles de Nicolay, qui l'acquiert en 1882 pour une somme coquette de 2,95 millions de francs, l'hôtel connaît d'importantes modifications structurelles. La terrasse donnant sur les jardins est supprimée, l'édifice est surélevé, un grand escalier en pierre remplace l'ancienne salle de billard de Corvisart, et une vaste marquise, ultérieurement disparue, vient orner la façade. Les intérieurs sont alors réaménagés avec une opulence certaine, témoignant d'un goût pour les fastes et les collections. Le XXe siècle marque une rupture fonctionnelle. Dès 1921, l'hôtel passe entre les mains de la société foncière D.B.C., dont l'objet, "l'achat et la revente de tous immeubles", annonce une nouvelle vocation. La conversion d'une demeure privée en bureaux est entreprise : les salons du rez-de-chaussée sont, certes, conservés, mais les écuries se transforment en bibliothèque et un garage est creusé en sous-sol. Ces interventions altèrent la physionomie des jardins et la cohérence originelle du bâti, sacrifiant l'agrément à la fonctionnalité administrative. Après la Seconde Guerre mondiale, l'État français en devient l'occupant privilégié, y logeant tour à tour directions générales, cabinets ministériels, et entités diverses. L'inscription de l'antichambre et de l'enfilade des quatre salons du rez-de-chaussée au titre des monuments historiques en 1993 constitue une reconnaissance tardive et partielle de sa valeur patrimoniale, focalisant sur quelques joyaux intérieurs, tandis que le reste du bâtiment subissait les injonctions des usages successifs. La récente acquisition par l'Assemblée nationale, pour 63 millions d'euros en 2013, et sa transformation en "Bâtiment Olympe de Gouges", livrée en 2023, illustrent cette tension constante entre la vénération du passé et les impératifs contemporains. La rénovation thermique et écologique, l'intégration de "matériaux innovants" et d'"isolants internes performants", ainsi que la création de 70 bureaux doubles, sont autant de marques d'une modernité qui cherche à concilier héritage et efficience. L'hôtel de Broglie-Haussonville demeure ainsi un palimpseste architectural, dont chaque strate raconte un chapitre des mutations de la vie parisienne, des fastes d'une aristocratie évanouie aux pragmatismes d'une administration républicaine, sous l'œil vigilant mais souvent impuissant de la conservation.