1 rue Champollion 51 rue des Écoles, Paris 5e
Le Champo, sobrement inséré à l'angle de la rue des Écoles et de la rue Champollion dans le 5e arrondissement, ne se distingue pas par une débauche ornementale ou une audace formelle qui en ferait un manifeste architectural. Sa façade, discrète et typique d'une adaptation commerciale urbaine des années 30, dissimule une histoire bien plus riche en adaptations fonctionnelles qu'en déclarations esthétiques. Fondé en 1938 sur l'emplacement d'une librairie, il hérite d'une tradition de modestie et d'ingéniosité. Son acquisition l'année suivante par Roger Joly, un industriel de l'éclairage, marqua le début d'une série d'évolutions techniques remarquables. L'incendie de la cabine de projection en 1941 fut moins une catastrophe qu'un catalyseur d'innovation. Face à la contrainte spatiale, Joly conçut et installa un procédé de rétro-réflex, souvent décrit comme un système de périscope. Ce dispositif ingénieux permettait de projeter le film depuis un appartement situé au-dessus de la salle, via un jeu de miroirs, contournant ainsi les limitations physiques intrinsèques à l'édifice. Il s'agissait là, non pas d'un geste architectural ostentatoire, mais d'une solution d'ingénierie appliquée, détournant les principes optiques pour créer un flux de projection indirect. Cette prouesse technique, unique en Europe à l'époque, et maintenue jusqu'en 2012, devint une signature du lieu, témoignant d'une persévérance technique face aux entraves du bâti existant. L'extension en sous-sol, transformant un ancien cabaret en seconde salle dans les années 50, puis la rationalisation de l'accès à la fin des années 70, attestent d'une évolution organique, dictée par les nécessités fonctionnelles plutôt que par un plan directeur initial. La pérennité du Champo, menacée par des velléités immobilières, fut assurée de manière plutôt expéditive par son inscription aux Monuments Historiques en 2000. Cette reconnaissance ne vint pas tant saluer une esthétique architecturale manifeste qu'un rôle de pôle culturel et de témoin d'une certaine histoire du cinéma. La mobilisation d'acteurs politiques et culturels souligna son importance symbolique, davantage que sa valeur intrinsèque en tant qu'ouvrage d'art. L'adjonction du nom de Jacques Tati en 1988, et la présence d'une silhouette de M. Hulot, relèvent davantage de l'hommage programmatif que d'une intervention sur la substance architecturale. Les déclarations de personnalités comme François Truffaut, y voyant son « quartier général », ou Claude Chabrol, sa « seconde université », attestent, non sans une certaine emphase, de l'aura intellectuelle du lieu. Il servit de refuge à des films exigeants, de laboratoire pour des œuvres délaissées par le circuit commercial, et évolua vers une programmation de patrimoine, avec des cycles thématiques et des nuits cinéphiles. Récemment, l'épisode houleux de l'avant-première de Roman Polanski en 2019 ou la fréquentation ponctuelle de figures comme Quentin Tarantino, confirment que le Champo, malgré sa discrétion architecturale, demeure un espace vivant et parfois polémique du débat cinématographique parisien, bien au-delà de ses simples murs.