Traverse de La Buzine, Marseille
Le Château de la Buzine, tel qu'il se présente aujourd'hui dans le onzième arrondissement de Marseille, est avant tout le fruit d'une ambition bourgeoise du XIXe siècle, une réinterprétation éclectique de styles passés. Il fut l'œuvre de l'architecte-entrepreneur marseillais Pierre-Hilaire Curtil, qui, vers 1865, rasa l'ancienne bastide pour ériger une nouvelle demeure aux accents stylistiques singuliers, parfois qualifiés de Louis XIII mâtiné de romano-byzantin, une démarche historiciste alors en vogue, non sans une certaine parenté avec les restaurations romantiques initiées par Viollet-le-Duc. La construction, achevée en 1869, s'intégrait dans un parc de quarante hectares, généreusement alimenté par le canal de Marseille, démontrant ainsi la capacité à maîtriser le paysage pour créer un écrin à la mesure de l'édifice. Cette propriété, successivement détenue par de notables familles, dont les Pallez qui y ajoutèrent un salon de musique en 1903, fut le théâtre d'une vie mondaine brillante durant la Belle Époque, une parenthèse élégante avant les bouleversements du siècle. C'est en 1941 que Marcel Pagnol en fit l'acquisition, mû par une vision audacieuse de Cité du cinéma. Une anecdote pleine d'ironie littéraire veut qu'il reconnut dans cette demeure le fameux château de ses souvenirs d'enfance, celui qu'il imaginait doté de dix étages et de trente balcons, traversé par une clé clandestine. La réalité architecturale, plus modeste et en décalage avec le tracé du canal qu'il évoquait, souligne combien la mémoire et la fiction peuvent transfigurer le bâti. Son projet fut cependant brutalement interrompu par les réquisitions de la guerre et l'occupation allemande, laissant le château à l'abandon et à une déchéance progressive. Il en résulta une période d'insalubrité, forçant Pagnol à se séparer de ce domaine mythique en 1973. Ce n'est qu'en 1995 que la Ville de Marseille, alertée par une association de sauvegarde, acquiert ce qui restait de la propriété. S'ensuivit une restauration significative, confiée à André Stern et son agence. Le château, inscrit aux monuments historiques en 1997, fut alors réhabilité pour accueillir la Maison des cinématographies de la Méditerranée. Inauguré en 2011, il propose désormais une salle de cinéma d'allure classique, avec son balcon et son orchestre, un espace d'expositions dans l'ancien salon de musique, et une médiathèque dédiée. Cet édifice, passé d'une splendeur bourgeoise à un mythe littéraire, puis à un état de ruine quasi complète, a trouvé une nouvelle vocation culturelle, témoignage d'une résilience architecturale et d'une capacité à se réinventer, malgré les soubresauts de son histoire et les controverses récentes concernant sa gestion.