15 place Charles Gruet, Bordeaux
L'Hôtel de Bryas, modeste quant à sa prétention en regard d'autres hôtels particuliers bordelais, se dresse au 15, place Charles-Gruet. Son inscription au titre des monuments historiques en 2012 vient reconnaître une histoire architecturale plutôt qu'une splendeur originelle éblouissante. Son premier dessin, dû à Gabriel-Joseph Durand en 1822, dénote une fidélité aux principes néoclassiques alors en vogue. La façade se signalait par deux colonnes ioniques encadrant l'entrée, conférant à l'ensemble une dignité certaine, agrémentée par les ornements sculptés de Florian Bonino, dont la réputation s'était déjà affirmée sur les colonnes rostrales de la ville, signe d'une certaine ambition décorative pour ce qui fut la demeure d'un marquis brièvement maire de Bordeaux. L'édifice, comme tant d'autres, connut les vicissitudes de la propriété. Après plusieurs reventes au XIXe siècle, il abrita même, au début du XXe siècle, un archevêque délogé par les bouleversements de 1905, preuve de l'adaptabilité forcée de ces grandes maisons. C'est en 1923 que l'hôtel de Bryas entama sa plus notable métamorphose. René Delor, riche négociant en vin, en fit l'acquisition et mandata l'architecte Pierre Ferret pour une rénovation qui allait laisser une empreinte significative. Ferret se confronta à l'intégration d'exigences modernes dans un bâti classique. En 1925, il choisit d'élargir la façade sur rue de deux travées supplémentaires par l'ajout d'une annexe. Le défi consistait à ne pas rompre l'unité stylistique néoclassique préexistante. L'intégration d'un garage, nécessaire pour l'automobile de l'époque, fut traitée avec une certaine habileté, la large porte en anse de panier, aux quatre vantaux de bois surmontés d'un châssis fixe, s'insérant sans heurter l'ordonnancement général. C'est là une preuve de l'ingéniosité d'un architecte face aux impératifs d'une nouvelle ère. À l'intérieur, Ferret se permit des libertés plus audacieuses. Son programme décoratif mêle avec un certain éclectisme le néoclassique du XVIIIe siècle, notamment dans l'escalier, à des touches d'Art déco, comme en témoigne la fontaine murale de la salle à manger du rez-de-chaussée. Cette coexistence stylistique, parfois perçue comme un compromis, reflète en réalité le goût d'une époque qui n'hésitait pas à superposer les références, cherchant un luxe modernisé sans renier un certain classicisme. Au jardin, Ferret érigea un petit temple rond, une sorte de folie, dont la simplicité des colonnes ioniques supportant un dôme coiffé d'une pomme de pin réinterprète avec une touche de légèreté les modèles antiques. Les propriétaires actuels ont poursuivi cette histoire de transformations, avec la fermeture du péristyle arrière par un vitrage et la construction d'une verrière couvrant le balcon du premier étage, sans oublier la restitution des bassins et d'un élément de rocaille dans le jardin. L'Hôtel de Bryas demeure ainsi un témoignage discret des adaptations successives, une sorte de manifeste des permanences et des ruptures que tout bâtiment d'une certaine importance est appelé à connaître. Ce n'est pas un monument immuable, mais bien un organisme qui respire au rythme de ses occupants et des courants esthétiques.