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Le Grand Hôtel InterContinental

Le Grand Hôtel InterContinental

12 boulevard des Capucines 2, 4, 6 rue Scribe 5 place de l'Opéra, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui nous occupe, aujourd'hui rebaptisé InterContinental Paris le Grand, s'inscrit non pas comme une œuvre isolée, mais comme un rouage essentiel de la vaste machinerie haussmannienne, orchestrée pour magnifier le Second Empire et servir les ambitions d’une nouvelle élite financière. Sa genèse, entre 1861 et 1862, est indissociable des transformations urbaines de Paris, notamment la restructuration du quartier de l'Opéra. Il fut le fruit d'une spéculation immobilière audacieuse des frères Pereire, ces bâtisseurs d'empires qui, avec une pragmatisme saint-simonien, entendaient relier stratégiquement la gare Saint-Lazare à un nouveau centre de luxe. L'emplacement, à l'intersection du boulevard des Capucines, de la rue Scribe et de la place de l'Opéra, n'est pas fortuit ; il fut pensé comme un point névralgique, un carrefour de prestige et de flux. L'architecte Alfred Armand, déjà concepteur du Grand Hôtel du Louvre pour les mêmes commanditaires, mena le projet avec une équipe, dont Alphonse-Nicolas Crépinet, finaliste du concours de l'Opéra. Le modèle, qualifié d'« américain », privilégiait une rationalisation des services, une nouveauté pour l'époque parisienne. La construction fut un véritable tour de force : achevée en un temps record grâce à l'éclairage électrique nocturne et la préfabrication. L'Impératrice Eugénie, lors de l'inauguration en mai 1862, aurait trouvé les lieux aussi somptueux que ses propres résidences impériales, une flatterie de circonstance qui illustrait néanmoins l'opulence visée. Architecturalement, le Grand Hôtel décline le vocabulaire éclectique du Second Empire avec une grandeur affirmée, bien que parfois répétitive, des façades. Il adhère à l'ordonnancement rigoureux imposé par les décrets haussmanniens, avec son alignement et ses pilastres colossaux, un motif déjà éprouvé par Hittorff et Davioud. L'hôtel est une démonstration de ce que l'on pourrait appeler le classicisme impérial, une esthétique de la magnificence sans véritable audace formelle, servant de cadre à un luxe codifié. À l'intérieur, la séparation des fonctions est méticuleusement organisée : les services en sous-sol, les espaces de réception au rez-de-chaussée, les chambres et salons privés aux étages. L'ancienne cour d'honneur, autrefois un abri pour les attelages, puis transformée en Wintergarden en 1905 par Henri-Paul Nénot, était un espace de transition spectaculaire, bordée d'une riche colonnade corinthienne, tandis que la salle à manger hémicirculaire, avec sa coupole vitrée et ses caryatides, fut saluée comme une œuvre d'art capable d'accueillir six cents couverts. Les chiffres sont éloquents : 18 000 m de tapis, 10 000 m² de miroirs, 4 000 becs de gaz ; une véritable cathédrale du confort moderne. Mais au-delà de sa structure, c'est le Café de la Paix, élément indissociable du Grand Hôtel, qui forgea sa légende. Véritable observatoire de la vie parisienne, il devint rapidement le carrefour des mondains, des artistes et des intellectuels. C'est là que Victor Hugo festoyait, qu'Émile Zola situa la mort de son héroïne Nana, ou que Marcel Proust et Oscar Wilde observaient le spectacle du monde. Wilde lui-même y aurait vu, un soir d'été 1898, l'ange doré de l'Opéra se matérialiser dans la brume, une illusion d'optique révélatrice de la théâtralité des lieux. Clemenceau y célébra la victoire de 1918, et le lieu fut même le théâtre du Congrès panafricain en 1919. Les multiples rénovations, notamment le retour aux splendeurs du Second Empire depuis 1985, attestent de la persistance d'une nostalgie pour cette période, tandis que sa classification aux monuments historiques en 1975 conforte sa place dans le patrimoine architectural français, malgré son statut d'icône commerciale en constante évolution.