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Église Saint-Brice de Saint-Brice-sous-Forêt

Église Saint-Brice de Saint-Brice-sous-Forêt

89 rue de Paris, Saint-Brice-sous-Forêt

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Brice-sous-Forêt, plutôt qu'un développement organique, s'offre comme un stratifié temporel, où les époques se superposent et se confrontent avec une certaine ironie architecturale. Sa réalité actuelle est le fruit d'une série de démolitions et de reconstructions, laissant un assemblage hétéroclite qui force à une lecture patiente. L'aventure édificatrice débute au XIIe siècle avec ce clocher central, vestige gothique primitif qui traverse les âges, dressé au-dessus de ce qui fut jadis la croisée du transept. Puis, au XIIIe siècle, s'adjoignent des bras de transept, annonçant déjà l'élégance rayonnante, dont seul le croisillon nord nous est parvenu, comme un fragment préservé d'une histoire plus vaste. Le XVIe siècle vit l'église s'agrandir considérablement, avec une nef et un chœur flamboyants, un ensemble vaste et prometteur, dédié en mille cinq cent vingt-cinq. Cet édifice, malheureusement, n'a laissé aucune trace visible. Son effacement s'explique par une impérieuse rectification de la route royale de Paris à Amiens au XVIIIe siècle, qui imposa la démolition du chœur. Ce fut là l'occasion, pour les habitants de Saint-Brice, de décider la construction d'un nouveau lieu de culte. La rapidité de l'exécution, entre mille sept cent soixante-dix-huit et mille sept cent quatre-vingt, explique sans doute le caractère rustique de l'ouvrage, où seule la façade, néo-classique, fut soignée, pensée par un architecte Christophle dont l'histoire n'a retenu guère plus que le nom. Cette façade, avec ses pilastres toscans et ses inscriptions latines, évoque une coulisse de théâtre, plaquée sans véritable dialogue sur un corps de bâtiment d'une humilité déconcertante, dont l'orientation liturgique fut inversée pour l'occasion. L'intérieur, dépouillé de son caractère initial, a connu des avatars successifs. Une transformation néo-gothique, opérée entre mille huit cent quatre-vingt-six et mille huit cent quatre-vingt-neuf, tenta d'insuffler une solennité. On y ajouta des fausses voûtes d'ogives si plates qu'elles confinaient au burlesque, une faute de goût qui obscurcit l'espace plus qu'elle ne l'ennoblit. Moins d'un siècle plus tard, ce décor fut impitoyablement effacé lors des restaurations des années mille neuf cent quatre-vingt, laissant place à une vaste salle rectangulaire où la charpente est désormais apparente, conférant à l'ensemble l'aspect singulier d'un hangar industriel. Malgré ces métamorphoses parfois déroutantes, des fragments d'une histoire plus ancienne subsistent. Le clocher, classé monument historique en mille neuf cent soixante-quatre, affiche une composition sobre, avec des contreforts plats et une corniche de billettes qui rappellent un héritage roman. Ses baies géminées, encadrées de fines colonnettes, sont surmontées de cordons ornés de têtes de clous et de quelques chimères, étranges figures qui pourraient être des rongeurs dressés, dont la dégradation témoigne du passage des siècles. Le croisillon nord, quant à lui, avec ses chapiteaux sculptés de feuillages et sa double-voûte ogivale, une disposition d'une grande rareté, offre un aperçu de la finesse de l'art gothique du XIIIe siècle. On peut encore y déceler des traces de polychromie originelle, des ocres rouges et jaunes réhaussant la sculpture. C'est dans ce dédale de pierres et de styles que l'on perçoit l'épaisseur du temps. Parmi les détails qui ponctuent cette histoire, l'abbé Louis Salati, curé du XIXe siècle, s'illustra par son dévouement durant la guerre franco-prussienne de mille huit cent soixante-dix, assumant des fonctions de maire sans titre officiel, un acte de bravoure civique que la place de l'église commémore désormais. Plus tragiquement, la chute d'un battant de cloche, au début du XXe siècle, coûta la vie à un autre curé. À l'intérieur, le retable du maître-autel, donné en mille sept cent quatre-vingt-un par un certain M. Imbert, surprend par son exubérance baroque, avec un tabernacle doré orné de volutes et d'un agneau mystique. Les vitraux du XIXe siècle, œuvres de Joseph Vantillard, sont parfois des hommages aux défunts, porteurs de blasons et de dates, où des angelots pleurent, ajoutant une note personnelle et émouvante à la lumière filtrée. L'église Saint-Brice, en définitive, n'est pas un monument monolithique, mais une suite de destins architecturaux, racontant à sa manière la persévérance d'une communauté et les caprices de l'histoire et du goût.