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Hôtel de Pourtalès

Hôtel de Pourtalès

7 rue Tronchet, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

L’Hôtel de Pourtalès, sise au 7, rue Tronchet, n'offre pas une façade exubérante, mais plutôt une élégance contenue, presque académique, qui trahit sa genèse au début du XIXe siècle. Sa construction, orchestrée par Félix Duban entre 1838 et 1839 pour le comte James-Alexandre de Pourtalès, s'inscrit dans cette mouvance néo-renaissance qui, en ce quartier de la Madeleine en pleine effervescence, cherchait à réinterpréter la grandeur des palais italiens sans en épouser les excès. Duban, architecte dont la réputation n'était plus à faire, notamment pour ses travaux à l'École des Beaux-Arts, ne s'est pas borné à une simple mimèse des modèles toscans. Il a plutôt visé à "évoquer un palazzo italien idéal," une sorte de fantaisie pétrifiée où les éléments architecturaux – ces bossages discrets, ces pilastres ordonnés, ces fenêtres à entablement et cette frise d'amours – se fondent en une composition harmonieuse. Louis Hautecœur y voyait d'ailleurs une ingénieuse synthèse, empruntant au XVIIe siècle pour mieux servir une esthétique du XIXe. L'équilibre entre le plein et le vide y est savamment orchestré, la cour intérieure à arcades offrant un contrepoint intime à la sobriété de la façade sur rue. L'originalité du projet résidait autant dans son enveloppe que dans son contenu. Conçu avant tout comme un écrin pour la pléthorique collection du comte – plus de 3 500 pièces, allant des maîtres hollandais aux primitifs italiens, sans oublier les terres cuites étrusques et les bronzes antiques –, l'hôtel présentait une distribution intérieure singulière. Les "pièces étonnamment petites," comme le notait un observateur, contrastaient avec l'ambition d'un "grand appartement." Duban y orchestra un véritable parcours muséal avant l'heure : une galerie de tableaux baignée d'un éclairage zénithal par une verrière, une salle des étrusques en cul-de-four – une voûte en demi-dôme typique des absides – et même une chapelle gothique pour les artefacts médiévaux et de la Renaissance. Cet agencement témoignait d'une préoccupation muséographique avant-gardiste, où chaque objet trouvait sa place dans une scénographie pensée. Le célèbre critique Théophile Gautier n'eut d'ailleurs de cesse de le qualifier d'« objet d'art » en soi. Toutefois, la pérennité architecturale est souvent mise à l'épreuve par les caprices des héritiers. Après la mort du comte, son fils, Edmond, confia à Hippolyte Destailleur la délicate tâche de moderniser l'édifice dès 1865. Ce qui fut modernisé fut souvent démoli : la majestueuse galerie de peintures de Duban fut sacrifiée pour devenir une salle à manger plus conventionnelle, et un étage entier fut ajouté, modifiant l'équilibre originel et, osons le dire, le caractère intrinsèque de l'œuvre première. Un compromis, sans doute dicté par des impératifs sociaux et financiers, qui altère la vision initiale sans pour autant effacer l'empreinte de Duban. Ce lieu, où l'élégance de la Comtesse de Pourtalès, amie de l'Impératrice Eugénie et incarnation du grand monde sous le Second Empire, anima un salon des plus courus de Paris, a connu bien des métamorphoses. Aujourd'hui, paradoxalement rebaptisé « No Address », il est devenu un discret réceptacle pour la célébrité éphémère et les fortunes ostentatoires, un lieu où le luxe contemporain, parfois tapageur, a succédé à l'érudition discrète d'une collection privée. Un destin qui, de l'écrin d'art à l'hôtel de stars, n'est pas sans une certaine ironie.