Rue Royale, Lille
L'église Saint-André de Lille, classée monument historique en 1949, offre un témoignage singulier des aléas de la commande et de la construction ecclésiastique. Son édification, s'étendant du début du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, révèle une collaboration, ou du moins une succession, de trois architectes – Thomas-Joseph Gombert, François-Joseph Gombert et Louis Marie Cordonnier – dont l'intervention fragmentée compose un ensemble au caractère composite. Le site actuel n'est d'ailleurs pas celui de la première paroisse, détruite en 1784 après avoir subi les affres du siège de 1708. Cette église que nous connaissons aujourd'hui fut initialement conçue comme la chapelle d'un couvent de Grands Carmes, ce qui confère à son plan allongé à trois vaisseaux, dénué de transept, une sobriété d'origine conventuelle. La façade, tardive pour sa partie sommitale, est orchestrée sur deux ordres superposés, ionique et corinthien, en pierre de taille calcaire, dont la statuaire de Saint Pierre et Saint André fut ajoutée par Jules-Victor Heyde en 1889. L'intégration de la tour-clocher, œuvre de Louis Marie Cordonnier en 1887, avec sa maçonnerie de brique et de pierre surmontée d'un dôme métallique, contraste avec l'élégance plus classique du corps principal et des murs latéraux en brique, recouverts d'ardoise. Cette superposition d'époques et de matériaux n'est pas sans évoquer la maturation lente et parfois contrainte des édifices d'importance. L'intérieur, qui s'étire sur soixante et onze mètres de long pour une hauteur de voûte de vingt-huit mètres, est scandé par des colonnes de pierre d'Écaussine séparant la nef de six travées des bas-côtés. Le chœur, de trois travées, s'achève sur des absidioles. Le mobilier, d'une richesse notable, témoigne des différentes campagnes d'embellissement. On y trouve une collection de tableaux remarquables, dont La guérison du paralytique et l'Annonciation d'Arnould de Vuez, ou L'Adoration des mages d'Otto Van Veen, flanquant l'entrée principale. La fresque de Joseph Hussenot, L'extase des saints devant la Sainte Trinité, orne l'extrémité de la voûte en berceau, achevée en cul-de-four en 1853. La chapelle de la Sainte-Vierge, située à gauche du chœur, rappelle la dédicace originelle aux Carmes par la présence d'un retable avec La remise du scapulaire à Saint-Simon Stock de Jacques Van Oost dit le Jeune et le blason de l'ordre. Les boiseries murales et lambris, œuvres de Charles Buisine-Rigot et Félix Huidiez, sont d'une exécution soignée. La chaire à prêcher, sculptée en bois de chêne en 1768 par Jean-Baptiste Danezan, est une pièce d'une complexité allégorique peu commune : un ange de la Vérité y soulève le voile de l'erreur pour révéler les Vertus théologales. Les grandes orgues, dont le buffet provient de l'abbaye de Loos et l'instrument de Merklin-Schütze de 1864, imposent leur présence monumentale face à la porte principale. L'église, au-delà de ses qualités architecturales variables, a marqué l'histoire locale et nationale. Elle fut le lieu de baptême de figures éminentes telles que le général Faidherbe en 1818, le cardinal Liénart en 1884, et le général de Gaulle le 22 novembre 1890, conférant à cet espace une dimension mémorielle qui dépasse son statut de simple édifice cultuel.