Neuville-sur-Oise
Le château de Neuville-sur-Oise, attesté comme monument historique depuis le milieu du siècle dernier, offre un panorama architectural qui, loin de l'homogénéité, révèle une stratification d'intentions et d'interventions. Son corps central et ses deux ailes furent érigés entre 1640 et 1654 par Charles de la Grange, baron de Conflans, proposant ainsi une composition classique typique de l'Ancien Régime, où l'ordonnancement symétrique et la sobriété des lignes trahissent une certaine retenue provinciale face aux fastes alors naissants des grandes résidences royales. Il s'agissait sans doute d'une demeure de plaisance ou d'une affirmation de rang, établie au bord de l'Oise, un site privilégié mais aussi contraint par la topographie. L'histoire de ses occupants est un reflet des vicissitudes politiques et sociales. Passant des Deliès de Pontoise à la lignée des Conflans, l'édifice connut ensuite une brève mais notable période sous Florimond, comte Mercy d'Argenteau, ambassadeur d'Autriche, dont la mission officieuse de surveillance de Marie-Antoinette ajoute une pointe d'intrigue au récit de ses propriétaires. La Révolution vit un négociant, Picquefeu, s'emparer du domaine et, avec un zèle peu scrupuleux, faire incinérer les titres féodaux, effaçant ainsi d'un coup de bûcher les traces d'un passé jugé obsolète. C'est cependant la famille Cornudet des Chomettes, acquéreur en 1822, qui imprima sa marque la plus significative sur l'édifice après sa construction initiale. Cette famille d'Empire, dont la fortune et les alliances témoignent d'une ascension sociale fulgurante, entreprit de vastes travaux de réaménagement. La toiture, les façades, les boiseries intérieures et les ouvertures furent l'objet de restaurations et d'embellissements, probablement dans un style néoclassique ou Empire, cherchant à moderniser l'ensemble sans altérer fondamentalement sa structure classique originelle. Il s'agissait moins d'une rupture stylistique que d'une actualisation du confort et de l'esthétique intérieure. Les terrasses extérieures furent également repensées, témoignant d'une volonté d'harmoniser le bâti avec son environnement paysager. La fin du XXe siècle, elle, marqua une autre étape, moins glorieuse. Sous l'impulsion de Bertrand de La Poëze d'Harambure, maire de Neuville-sur-Oise et propriétaire dès 1960, le château se retrouva au cœur des ambitions urbanistiques de la Ville Nouvelle de Cergy-Pontoise. La menace d'une autoroute et d'une station d'épuration aux abords directs contraignit à une vente forcée à l'Établissement public, qui, par une indifférence coupable, laissa l'édifice à l'abandon durant une décennie. Ce n'est qu'en 2001 qu'une solution fut trouvée, transformant cette ancienne résidence seigneuriale en un centre de retraite, une reconversion fonctionnelle certes pragmatique, mais qui achève de gommer l'esprit originel du lieu. Les archives, dont une partie fut déposée aux Archives départementales du Val-d'Oise, sont un témoignage précieux de cette histoire mouvementée, bien plus riches que l'édifice lui-même dans son état actuel. Elles dessinent le véritable contour d'une lignée, d'une gestion domaniale et des implications d'une demeure dans les grandes et petites histoires de France. Les meubles dispersés, les statues déménagées, rappellent la fragilité de ces patrimoines face aux logiques de transmission et aux impératifs économiques.