Condécourt
L'église Saint-Pierre-ès-Liens de Condécourt se présente comme une stratification architecturale, un assemblage d'époques qui, par une curieuse alchimie, s'est figé en un ensemble disparate mais non sans harmonie, comme l'a noté Bernard Duhamel à propos de la cohérence des teintes de pierre. Ses parties les plus reculées, à savoir la base du clocher, datent de la fin du XIe siècle. Cette travée, à la facture archaïque, se révèle par ses arcades en plein cintre et sa voûte d'arêtes, retombant sur de simples impostes ornées de dents-de-scie, un vocabulaire roman primitif, dénué de la sophistication des colonnettes et chapiteaux. Étonnamment, cette fondation demeure invisible depuis l'extérieur, dissimulée par des adjonctions ultérieures. Le premier étage du clocher, octogonal, arbore lui aussi un style roman précoce, tandis que son second étage, plus dépouillé, fut une adjonction gothique. C'est l'étage supérieur de ce clocher qui, de loin, confère à l'édifice l'illusion d'un pigeonnier, selon l'observation désabusée de Pierre Coquelle, soulignant une modestie qui n'ôte rien à son intérêt. La chapelle de la Vierge, au nord, témoigne d'un gothique primitif. Son abside en hémicycle, ses contreforts saillants et sa corniche aux cubes et ovales taillés trahissent une certaine ancienneté extérieure, qui contraste avec l'élégance de ses voûtes datant, semble-t-il, du début du XIIIe siècle, ce qui pourrait indiquer une interruption dans les travaux. Le chœur, lui aussi gothique et édifié au second quart du XIIIe siècle, se distingue par ses deux larges travées rectangulaires et son chevet plat. À l'intérieur, les fenêtres à lancettes et oculus, les crochets stéréotypés des chapiteaux et les clefs de voûte aux rosaces « tournantes » révèlent une période gothique avancée, sans pour autant toucher au Rayonnant. La nef du XVIIIe siècle, d'une grande simplicité, s'affiche à l'extérieur sous un déguisement classique sobre, avec des chaînages d'angle suggérant des pilastres doriques simplifiés, comme on en voit dans une architecture qui renonce aux signes ostentatoires de sa fonction religieuse. À l'intérieur, les murs de moellons à pierre apparente, loin d'être enduits comme l'eût voulu l'esprit classique, et un plafond de bois rustique, créent un dialogue inattendu avec les vestiges romans. L'ensemble, inscrit aux monuments historiques en 1925, témoigne d'une succession de volontés constructives, souvent frugales, mais qui, assemblées, offrent un panorama singulier de l'évolution architecturale en Vexin. Le fait que les messes dominicales n'y soient célébrées que deux ou trois fois par an confère à ce monument une aura de vestige, plus qu'un lieu de culte vivant.