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unité d'habitation Le Corbusier

unité d'habitation Le Corbusier

280, boulevard Michelet, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'Unité d'Habitation de Marseille, érigée entre 1947 et 1952 par Charles-Édouard Jeanneret-Gris, plus connu sous le nom de Le Corbusier, n'est pas qu'un simple immeuble ; elle incarne une vision de la reconstruction post-guerre et une proposition radicale pour l'habitat collectif. Connue localement sous le sobriquet peu flatteur de la Maison du fada, elle se dresse, massive et autonome, sur le boulevard Michelet, défiant les conventions de son temps. Ce mastodonte de béton brut, long de 137 mètres et haut de 56, repose sur d'imposants pilotis évasés, libérant le sol et offrant une perspective sous l'édifice, une des marques distinctives des cinq points de l'architecture nouvelle de Le Corbusier. La structure même, coulée sur place, exprime une robustesse sans fard, une esthétique de la matière première dont l'aspect a pu choquer mais qui forge aujourd'hui son identité patrimoniale. Conçue comme un village vertical, cette unité se voulait un microcosme urbain autosuffisant. Elle abrite 337 appartements de vingt-trois types différents, souvent en duplex, agencés autour de rues intérieures – de larges couloirs de près de trois mètres de large, pensés comme des lieux de rencontre et de circulation. On y trouvait à l'origine, et encore en partie aujourd'hui, une galerie marchande, un hôtel, une crèche, des équipements qui devaient faire de l'immeuble une cité en soi. Sur son toit-terrasse, un espace collectif remarquable s'ouvre au ciel, accueillant jadis une école maternelle, une piste d'athlétisme et même une petite piscine, ainsi qu'un gymnase aujourd'hui réaffecté en fondation artistique. L'organisation des logements, traversants et profonds, est pensée selon le Modulor, ce système de proportions humaines cher à l'architecte, qui se manifeste jusqu'aux détails comme cette empreinte discrète dans le béton. Chaque appartement, une cellule préfabriquée puis insérée dans la structure, offre une loggia brise-soleil et une cuisine fonctionnelle, conçue en collaboration avec Charlotte Perriand, préfigurant nos cuisines ouvertes contemporaines et communiquant astucieusement avec le palier par un placard de livraison. Si l'Unité de Marseille fut une expérience audacieuse, elle a également suscité bien des controverses, son esthétique brutaliste étant perçue comme austère. Pourtant, elle fut classée Monument Historique du vivant même de Le Corbusier et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2016, témoignage de sa valeur architecturale et de son influence durable. Elle a connu les affres d'un incendie et les défis de la restauration des bétons, tout en restant un lieu de vie et d'expérimentation, comme en témoigne le récent défilé de haute couture qui l'a investie, démontrant une capacité d'adaptation inattendue pour un manifeste architectural aussi rigoureux.