12 rue Saint-Merri, Paris 4e
L'Hôtel Le Rebours, niché discrètement au fond d'une ruelle sinueuse du Marais, offre à l'observateur une chronologie architecturale des plus révélatrices de l'évolution du goût parisien. Érigé en 1624 par Claude Monnard pour le compte de Jean Aubery, alors maître des requêtes, il témoigne d'abord de la sobriété et de la rigueur du premier classicisme français, celui de l'époque de Louis XIII. L'ambition de l'édifice n'était alors pas de s'exhiber, mais d'affirmer la dignité de son propriétaire dans l'intimité d'une cour. Monnard, architecte de son temps, concevait des structures solides et ordonnées, privilégiant la fonction et la prestance sans fioritures excessives. C'est plus tard, en 1672, que Thierry Le Rebours en prend possession, et qu'il entreprend une transformation significative en 1695, altérant la façade des corps de logis sur cour et l'escalier d'honneur. Ces quatre façades intérieures, décrites par certains comme étant de style Louis XV, illustrent plus justement une transition vers la fin du règne de Louis XIV, une recherche d'élégance classique où l'ordonnance demeure primordiale mais s'allège. On y perçoit une symétrie bien mesurée, structurée en un rez-de-chaussée, un premier étage percé de hautes baies, et un second étage mansardé, surmonté d'une corniche puissante. La fantaisie modérée se manifeste dans la variété des lucarnes, où le fronton circulaire central dialogue avec les triangulaires qui l'encadrent, flanqués eux-mêmes d'œils-de-bœuf arrondis – une hiérarchie dans l'ornementation qui rompt avec une uniformité trop stricte. Le mascaron de femme, surmontant l'entrée du porche côté cour, est un ajout ultérieur, discret témoin de ces incessantes métamorphoses. Mais la véritable rupture stylistique, et la plus ostentatoire, se manifeste sur la façade donnant sur rue. Remaniée à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle par Victor-Thierry Dailly, architecte dont le style annonçait les prémices de la Régence, elle arbore une grâce et une ornementation nettement plus affirmées. Dailly, dont le travail caractérise une période où les hôtels particuliers s'ouvraient davantage sur l'espace public, a doté l'édifice d'une façade qui, avec ses onze fenêtres par étage, celles du premier garnies de beaux appuis en fer forgé, se distingue de la retenue des façades intérieures. Le centre de cette composition est magnifié par un avant-corps en légère saillie, dont la porte cochère, d'une boiserie d'une simplicité feinte, est couronnée d'une clef sculptée particulièrement expressive, présentant une tête de faune barbue entourée d'ornements floraux – un détail qui signe l'esprit décoratif de l'époque. Au-dessus, un œil-de-bœuf circulaire s'inscrit dans un fronton triangulaire mouluré, complétant cette composition verticale. À l'intérieur, la splendeur discrète subsiste. Le passage menant à la cour révèle un vestibule et un escalier d'honneur dont la rampe en fer forgé, d'un dessin d'une rare finesse, s'est conservée intacte jusqu'au second étage. Au premier étage, le grand salon de l'aile occidentale conserve, quant à lui, un plafond aux poutrelles apparentes, ornées de peintures de guirlanddes, rinceaux, chiffres et armoiries, offrant une rare survivance des décors du XVIIe siècle. L'Hôtel Le Rebours est donc bien plus qu'une simple demeure : c'est une superposition de désirs et de styles, un condensé de l'histoire architecturale parisienne, où chaque strate raconte une époque, un statut social et un art de vivre. Son inscription au titre des monuments historiques en 1990 en reconnaît la valeur stratifiée, et son accessibilité au public, du moins pour ses passages, offre une vision quelque peu démystifiée de ce qui fut jadis un espace d'intimité aristocratique.