7 rue Lacépède, Paris 5e
L'hôtel Pourfour du Petit, érigé en 1761 rue Lacépède, se présente comme un spécimen de l'architecture parisienne qui, sans s'élever au rang des grandes commandes ostentatoires, offre un intéressant témoignage des pratiques constructives de l'Ancien Régime finissant. Sa typologie "entre cour et jardin", bien que classique, est ici tempérée par une façade sur rue intégrant avec une certaine pragmatique deux boutiques, flanquant un portail d'accès dont la discrétion évite toute grandiloquence. Cette intégration au tissu urbain, par sa mixité fonctionnelle, révèle déjà une certaine distance avec l'idéal de l'hôtel particulier entièrement dédié à l'apparat. Son commanditaire, Étienne Pourfour du Petit, fils du célèbre anatomiste et futur doyen de la faculté de médecine, ne semble pas avoir visé ici l'expression d'une richesse insolente, mais plutôt celle d'une honorabilité bourgeoise et intellectuelle solidement établie. Le corps de logis principal, d'une modeste largeur de trois travées, est encadré par des ailes arrondies en légère saillie. Ces éléments, à l'origine peut-être conçus pour apporter une certaine ampleur visuelle, se trouvent aujourd'hui majoritairement aveugles, leurs ouvertures ayant été, pour la plupart, condamnées. Cette mutilation fonctionnelle confère aux volumes une opacité qui, loin de renforcer leur présence, tend à les rendre énigmatiques, voire mutiques. Le décor sculpté, quant à lui, reprend des motifs éprouvés : une frise délicate sous la corniche, un fronton triangulaire sur la travée centrale – figure emblématique de l'ordonnancement classique – et, au-dessus de la porte d'entrée, un mascaron d'Hercule. Ce choix, sans être novateur, ancre l'édifice dans une tradition iconographique de la force et de la vertu, assez courante à l'époque. Cependant, ce qui retient l'attention critique réside dans la surélévation du comble. Cette adjonction, probablement motivée par la nécessité d'accroître la surface habitable ou de service, rompt l'équilibre proportionnel de la façade. Le volume ainsi ajouté, sans doute postérieur à la conception initiale, désarticule la hiérarchie des ordres et la fluidité des lignes, conférant à l'ensemble une certaine lourdeur qui n'était probablement pas celle souhaitée par l'architecte originel. L'histoire du lieu, outre son intérêt architectural relatif, est ponctuée d'un événement qui révèle la perméabilité inattendue des architectures parisiennes aux soubresauts politiques : l'évasion spectaculaire, en 1834, d'opposants républicains de la prison Sainte-Pélagie, via un souterrain reliant l'hôtel à l'établissement pénitentiaire. Godefroy Cavaignac, Armand Marrast et Berryer, figures de l'opposition à la monarchie de Juillet, trouvèrent là un refuge temporaire, transformant cet hôtel particulier en scène inattendue de l'histoire clandestine. Au début du XXe siècle, son destin d'habitation s'acheva pour devenir des bureaux pour la distillerie Bardin et Perraud, scellant son passage du statut d'hôtel particulier à celui d'édifice tertiaire, confirmant ainsi sa vocation pragmatique plus que monumentale.