122 rue de l'Hôpital-Militaire, Lille
A Lille, l'Hôtel Petipas de Walle se dresse comme un témoignage presque didactique de l'adoption du néoclassicisme français par la bourgeoisie provinciale à la fin du XVIIIe siècle. Ce n'est pas une révolution architecturale, mais plutôt une application consciencieuse des codes esthétiques et des principes de l'ordonnance classique qui gagnaient alors les cercles éclairés. L'édifice, construit entre 1778 et 1779 par Michel-Joseph Lequeux, un architecte local dont l'œuvre reflète cette transition, s'écarte des opulences baroques antérieures pour embrasser une rigueur plus mesurée. L'accès à la demeure se fait par un dispositif des plus solennels : un portail qualifié de massif, dont la forme en arc de triomphe n'est pas sans évoquer une certaine prétention à la grandeur romaine, appliquée cette fois à l'intimité d'un hôtel particulier. Cet élément introductif, flanqué de deux pavillons qui abritaient vraisemblablement les communs ou des logements de service, agit comme une porte d'entrée non seulement spatiale, mais aussi conceptuelle, signalant le passage d'un espace public bruyant à l'ordre et à la retenue d'une propriété privée. La cour intérieure qui s'ensuit offre une respiration, un vide aménagé avec soin avant d'atteindre le corps de logis principal. La façade de ce dernier est le véritable manifeste stylistique de l'ensemble. Lequeux y déploie un jeu subtil de profondeurs et de superpositions, cherchant à rompre la monotonie d'une surface plane par des artifices classiques. Le double portique est l'élément central de cette composition : un premier, plus discret, s'étire sur toute la longueur de la façade, créant une base horizontale. Par-dessus, un second portique, plus court et plus élevé, se projette en légère saillie au centre. Cette articulation, accentuée par des entablements soutenus par des colonnes dont les diamètres varient – une application des ordres classiques, du plus robuste au plus élancé, pour moduler la perception de la hauteur et de la masse – confère à la façade une impression de relief et d'animation calculée. Les larges fenêtres, elles, dénotent une recherche de luminosité, une concession au confort moderne tout en s'inscrivant dans la trame rigoureuse des travées. Cet hôtel fut la résidence de la famille de Lencquesaing, puis celle d'un notaire, Georges Herlin, illustrant ainsi le passage de la noblesse d'Ancien Régime à la nouvelle bourgeoisie dans l'occupation des hôtels particuliers lillois. L'inscription puis le classement aux Monuments Historiques, tardifs (1948 et 1979), soulignent une reconnaissance progressive de son intérêt patrimonial, non pas pour une exubérance formelle, mais pour sa contribution à l'évolution du langage architectural urbain. L'Hôtel Petipas de Walle n'est peut-être pas une œuvre d'un génie visionnaire, mais il est un exemple fort éloquent d'une époque où l'ordre et la raison cherchaient à s'incarner jusque dans le dessin des façades.