1 cours Saint-Louis 12 La Canebière, Marseille
L'édification de la Maison du Figaro, à Marseille, s'inscrit non pas dans l'initiative isolée d'un particulier, mais dans une vaste opération d'urbanisme du XVIIe siècle. Érigée entre 1673 et 1675 par Pierre Pavillon et Jean-Claude Rambot, elle fut une composante d'un ambitieux projet d'agrandissement de la ville, impulsé par la destruction des remparts médiévaux et la création du « Cours », l'actuel cours Saint-Louis. Cet hôtel particulier, d'une élégance formelle certaine, arborait à l'origine une façade de treize travées, scandée de majestueux pilastres à chapiteaux corinthiens. Une ordonnance architecturale dictée par Mathieu Portal, architecte de l'extension urbaine, qui visait à conférer une homogénéité aux nouvelles artères marseillaises. Cependant, le destin de cet édifice fut marqué par une série d'amputations successives, reflet des incessantes transformations urbaines. La première modification majeure intervint en 1860, lorsque l'élargissement de la Canebière, alors une simple rue de Noailles, imposa la suppression d'une première travée. La façade sur l'artère nouvellement magnifiée fut alors refaite, non sans une certaine ironie historique, à l'identique mais en ciment, une technique moderne pour l'époque, dénaturant subtilement l'intégrité matérielle originelle. Par la suite, sept autres travées furent sacrifiées à l'avènement d'un immeuble en béton armé, réduisant significativement l'ampleur initiale de l'ensemble et laissant l'édifice actuel comme un fragment de son passé. Le nom même de « Maison du Figaro » n'est pas le fruit d'une genèse architecturale, mais d'une persistance commerciale. Ce n'est qu'en 1867 qu'un magasin d'articles de voyage, le Grand Bazar Figaro, s'installa au rez-de-chaussée, conférant à l'immeuble son appellation courante, bien des décennies après sa construction. Son histoire récente révèle une profondeur plus sombre. En 1941, le propriétaire d'origine juive, M. Hermann, fut déporté, et le bien, réquisitionné par le régime de Vichy, devint le siège du Parti Populaire Français. Une occupation qui ne fut pas sans conséquence, puisque l'édifice fut la cible d'un attentat à la bombe perpétré par la Résistance en février 1944. À la Libération, l'immeuble passa entre les mains de l'Assistance publique, avant d'être finalement acquis par la Ville de Marseille en 1993, qui y logea ses services de communication, dont la « Revue Marseille ». Ce bâtiment demeure un témoin silencieux des ambitions urbanistiques du Grand Siècle, des audaces et des compromis du XIXe, et des tumultes politiques du XXe, le tout sous un vernis de reconstruction et de mémoire commerciale persistante.