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Jardin botanique

Jardin botanique

28, rue Goethe, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Le jardin botanique de l'université de Strasbourg n'est pas qu'une simple collection végétale ; il incarne une histoire des sciences et de l'urbanisme, une mutation architecturale singulière. Fondé en 1619, il se positionne, dans l'histoire française, comme le second plus ancien de son genre, témoignant d'une époque où l'enseignement médical exigeait l'étude directe des plantes. Initialement implanté dans le quartier de la Krutenau, sur des terres anciennement dévolues au culte, il servit d'abord d'Hortus medicus, un répertoire vivant pour les leçons pratiques du professeur Johann Rudolf Saltzmann. Les premières décennies virent l'introduction d'espèces exotiques, reflet d'une curiosité scientifique grandissante, et la publication en 1691 par Marcus Mappus d'un inventaire détaillé, un Catalogus Plantarum qui illustre l'évolution de la classification botanique. L'ingénieux cadran solaire polyédrique en grès des Vosges, érigé par Mappus en 1694, avec ses vingt-six faces pourvues de styles, n'est pas qu'un simple instrument gnomonique ; il est une prouesse technique et esthétique, une manifestation de l'érudition de l'époque, et un point d'ancrage matériel du premier site. Ce premier jardin, malgré ses agrandissements et l'enrichissement de ses collections, se heurta rapidement à des contraintes topographiques : un espace limité, un ensoleillement insuffisant, un approvisionnement en eau précaire. Son destin fut brutalement interrompu en 1870, lorsque, lors du siège de Strasbourg, il fut réquisitionné comme cimetière improvisé, témoin silencieux de la guerre. Les obus endommagèrent ses serres, que la grêle acheva de dévaster. La renaissance du jardin s'inscrivit dans un tout autre contexte politique et architectural. Après l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Empire allemand, Guillaume Ier initia une reconstruction ambitieuse de Strasbourg, dont la création de l'Université impériale en 1880 fut la pierre angulaire. Le jardin botanique fut alors relocalisé et repensé, dans la Neustadt, à l'arrière du Palais universitaire. Anton de Bary, botaniste émérite et premier recteur de cette nouvelle université, en dessina les contours. L'architecte Hermann Eggert, concepteur du Palais, choisit pour le jardin un style paysager proche du Gartenstyl anglais, rompant avec la stricte ordonnance des jardins médicinaux classiques. Ce nouveau complexe s'orna de serres monumentales, inaugurées en 1884. L'insistance de De Bary pour une serre spécifique, dite Victoria, destinée à l'impressionnant nénuphar géant d'Amazonie, témoigne d'une ambition scientifique et d'un goût pour l'exotisme qui caractérisaient alors les grandes institutions botaniques européennes. La structure vitrée dodécagonale de la Serre de Bary, avec son bassin central chauffé, se dressait comme une prouesse technique, une architecture dédiée à la vie végétale tropicale. Ces grandes serres, un ensemble de 1400 mètres carrés de surfaces vitrées, adossées à un bâtiment en pierre abritant la chaufferie, furent le symbole de cette nouvelle ère impériale. Le temps, cependant, n'épargne pas les édifices de verre et de métal. Un violent orage de grêle en 1958 endommagea gravement les grandes serres, menant à leur démolition et à leur remplacement en 1967 par des bâtiments plus modernes, sous la direction du doyen Henri Jean Maresquelle. Seule la Serre de Bary fut partiellement restaurée, conservant sa silhouette distinctive. L'arboretum, quant à lui, témoigne toujours de l'audace des premiers aménageurs, avec des spécimens notables comme un faux-noyer du Caucase ou un séquoia géant transplanté en 1883, dont la résilience face aux intempéries et aux cicatrices de la foudre illustre une forme de persévérance végétale. Aujourd'hui, ce jardin, classé Monument Historique et labellisé Jardin remarquable, poursuit une triple vocation : botanique, historique et universitaire. Il offre, aux Strasbourgeois comme aux visiteurs, un lieu de promenade où la contemplation des 6000 espèces végétales se mêle à la lecture d'une histoire architecturale faite de ruptures, d'adaptations et de constantes quêtes de savoir. La station météo, présente depuis 1922, ajoute une dimension scientifique contemporaine à cette institution séculaire, mesurant les nuances climatiques d'un parc urbain, un microcosme aux interactions complexes.