Voir sur la carte interactive
Église Saint-Laurent

Église Saint-Laurent

Parvis Saint-Laurent, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

Dressée sur la butte éponyme de Saint-Laurent, aujourd'hui désignée comme La Tourette, cette église marseillaise ancre son existence dans un substrat bien plus ancien que ses pierres romanes. C'est sur ce même site que des vestiges d'un habitat grec furent mis au jour, suggérant une occupation continue, voire la présence d'un sanctuaire antique dont l'église n'est, peut-être, qu'une lointaine héritière spirituelle, sinon spatiale. Son édification, vers la fin du XIIe ou le début du XIIIe siècle, intervint après une période de troubles, symbolisant une stabilité économique et politique retrouvée pour la cité phocéenne. L'emploi de la pierre de taille rose, extraite du Cap Couronne, confère à l'édifice une identité chromatique singulière. Le style romano-provençal, d'une simplicité parfois austère, se caractérise par une absence de transept et un plan épuré, où la nef et les bas-côtés convergent vers une abside et ses absidioles. Ce dépouillement, presque monacal, évoque avec une certaine éloquence la sobriété des grandes abbayes cisterciennes de Provence, telles que le Thoronet ou Sénanque, où l'essence du sacré se passe d'ornementation superflue. L'édifice, cependant, ne fut pas figé. Le XVIIe siècle apporta des transformations notables, avec la reconstruction de l'abside pour accueillir un élégant clocher octogonal, dont l'accès s'effectue par un escalier hélicoïdal dissimulé dans une tourelle. L'histoire urbaine, souvent impitoyable, entraîna également la suppression d'une travée occidentale en 1668 pour la construction du fort Saint-Jean, déplaçant l'entrée principale vers la façade sud. Ces aménagements successifs témoignent moins d'une vision architecturale unifiée que d'une série de compromis dictés par les impératifs du temps et de la cité. Au-delà de son ossature de pierre, l'église Saint-Laurent s'est toujours fondue dans le quotidien marseillais. Paroisse des pêcheurs depuis le milieu du XIIIe siècle, elle a vu son seuil foulé par Mgr de Belsunce lors de la Grande Peste de 1720, un événement qui ancre l'édifice dans la mémoire collective de la ville. La Révolution, quant à elle, ne fut guère tendre : le mobilier et l'argenterie furent confisqués, fondus, et l'église convertie en entrepôt militaire, une réaffectation prosaïque mais révélatrice des priorités de l'époque. Plus récemment, en 1943, alors que les quartiers du Vieux-Port succombaient aux dynamitages de l'occupant, Saint-Laurent, bien qu'éprouvée, échappa à l'anéantissement total, son curé faisant alors sonner le glas en signe de résistance muette et désespérée. Il est d'ailleurs cocasse de se souvenir que l'abbé Victor Party, curé jusqu'aux années 1980, encourageait, après la messe dominicale, des récitals folkloriques sur le parvis, et fit même quelques apparitions dans les films de Marcel Pagnol, ancrant ainsi ce lieu de culte dans la culture populaire la plus authentique.