25 rue de la Dalbade, Toulouse
L'Hôtel de Bagis, plus communément désigné sous le nom d'Hôtel de Pierre, représente une anomalie architecturale dans le paysage toulousain du XVIIe siècle, une affirmation pétrie de défi et d'un certain orgueil. Son appellation populaire souligne son caractère distinctif : une façade entièrement de pierre dans une cité où la brique régnait en maître absolu. Cette audace, orchestrée par François de Clary et l'architecte Pierre Souffron au début du XVIIe siècle, marque une rupture notable, un désir d'ostentation peu commun pour l'époque. Pourtant, l'édifice originel, commandité par Jean de Bagis dès 1537, fut l'œuvre de Nicolas Bachelier, figure emblématique de la Renaissance toulousaine. Ses contributions demeurent visibles dans la cour intérieure, notamment sur l'élévation ouest, la moins remaniée au fil des siècles. Bachelier y déploya une vision novatrice, organisant des fenêtres comme autant de temples antiques miniatures, avec une progression de l'ordre dorique qui, de niveau en niveau, se complétait, insérant des quarts de colonne dans les ébrasements. Cette ingéniosité, modernisant la fenêtre à colonnettes venues d'Italie, fut scrutée et imitée dans d'autres hôtels toulousains, signe de l'influence de Bachelier et du prestige de son commanditaire. La fameuse porte aux Atlantes, emblème de cette première phase Renaissance, témoigne de la richesse et de l'érudition des premiers concepteurs. Elle ouvrait déjà sur un escalier à rampe droite, un des premiers exemples à Toulouse, préfigurant la disparition progressive des escaliers à vis sous l'influence de l'architecture italienne. L'intervention de François de Clary fut d'une ampleur plus spectaculaire. Souffron, sous ses directives, érigea cette façade sur rue, une œuvre d'une richesse ornementale certaine. Pilastres, trophées d'armes, guirlandes de fruits et chapiteaux ornés d'aigles et de soleils — emblèmes héraldiques de Clary — concouraient à un affichage de puissance et de distinction. L'anecdote populaire est d'ailleurs éloquente : on prêtait à Clary l'usage de pierres initialement destinées au Pont-Neuf, une accusation qui prit la forme d'un dicton : Il y a plus de pierres du pont à l'hôtel de pierre que de pierres au pont. Une charmante accusation, révélatrice des tensions entre l'ambition privée et l'intérêt public, et sans doute une preuve de l'impact de ce chantier hors normes. Ironiquement, cette façade demeura inachevée du vivant de Clary, un projet posthume qui ne fut pleinement réalisé qu'au milieu du XIXe siècle, sous l'égide de Calvet-Besson, avec l'architecte Urbain Vitry et le sculpteur Calmettes. L'intérieur, quant à lui, conserve des traces éloquentes de ces époques successives : une cheminée monumentale de 1538, avec ses colonnes doriques sur les jambages et une frise de masques, de grotesques et de bucranes sur le linteau, complétée au début du XVIIe siècle par une partie supérieure dominée par Pomone, nymphe des jardins, flanquée de putti et de vieillards représentant Vertumne, dieu des vergers. L'hôtel fut également le théâtre des caprices de l'histoire. Il fut confisqué et vendu comme bien national durant la Révolution, son propriétaire d'alors, Jean-Joseph Daguin, ayant fini guillotiné à Paris en 1794, un rappel brutal des conséquences du tumulte politique sur les fortunes et les demeures. L'Hôtel de Pierre reste ainsi une œuvre composite, un dialogue parfois tendu entre la Renaissance locale et le classicisme français, témoignant des ambitions de ses commanditaires successifs et des évolutions des goûts architecturaux, tout en offrant une leçon sur la persistance de l'orgueil et l'éphémère des gloires. Son nettoyage récent, achevé à la fin du XXe siècle, a révélé une pierre que les siècles avaient obscurcie, offrant une nouvelle lecture de cette page d'histoire bâtie.