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Hôtel Thomas de Montval

Hôtel Thomas de Montval

22 rue Croix-Baragnon, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Thomas de Montval, érigé entre 1901 et 1904 par l'architecte Jules Calbairac, s'inscrit comme un témoignage singulier de l'éclectisme toulousain du début du XXe siècle. Plutôt qu'une œuvre purement moderne, il se manifeste comme une assemblée savamment orchestrée, où la nouveauté épouse le fragmentaire. Le commanditaire, Paul-Marius Thomas, industriel en minoterie, homme de son temps et figure politique locale, désirait sans doute une résidence à l'image de sa fortune et de ses aspirations. Sa démarche, cependant, fut de ne pas se contenter d'une construction neuve, mais d'intégrer des éléments du passé, conférant à l'ensemble une patine historique immédiate, une forme de noblesse acquise par juxtaposition. La façade sur la rue Croix-Baragnon offre une composition en brique et pierre de taille, caractéristique de la cité rose, mais ici ponctuée d'assises en pointe de diamant, apportant une texture recherchée. Elle se dresse sur trois niveaux, ordonnancée avec une symétrie rigoureuse de cinq travées. La travée centrale, en particulier, est magnifiée par des pilastres cannelés, soulignant l'accès principal. Les balcons à balustres en pierre, mariant brique et calcaire, participent à cette composition néo-renaissance, achevée par un fronton sur la baie supérieure du corps central. L'ensemble, d'une dignité certaine, masque à peine le caractère composite du parti architectural. C'est dans la cour intérieure rectangulaire que la singularité de l'édifice s'affirme pleinement. Là, le projet de Calbairac, influencé par les croquis attribués au commanditaire lui-même, déploie un dispositif de réemploi audacieux. Huit arcades, provenant des hôtels de Jean de Pins et de Nolet du XVIe siècle, y ont été patiemment réinstallées. Il est curieux de voir comment six arcades de la galerie de Jean de Pins côtoient deux arcades de Nicolas Bachelier, reconnaissables à leurs archivoltes à caissons, provenant de l'hôtel de Nolet. L'architecte a orchestré une véritable scénographie de la récupération, avec quatre arcades closes et quatre autres ouvrant sur une galerie, créant un jeu de volumes et de profondeurs. Ce collage architectural se poursuit dans les détails : des médaillons à profils Renaissance ornent les écoinçons, certains authentiques, entourés des couronnes de roses des Nolet, d'autres, manifestement, des imitations réalisées en 1904, d'une facture plus approximative. Quatre gargouilles sculptées par Bachelier lui-même, issues de l'hôtel de Nolet, veillent encore depuis les corniches. Cette pratique de l'emprunt et de la reconstitution, si elle confère à l'hôtel une richesse décorative indéniable, interroge également sur la nature même de l'authenticité et de la création architecturale à l'aube du siècle dernier. L'Hôtel Thomas de Montval se présente ainsi moins comme une œuvre unifiée que comme une collection de prestige, où le passé est invoqué, assemblé, et parfois réinterprété avec une ingéniosité qui confine à la mise en scène. Il illustre la capacité d'une élite à s'approprier les vestiges d'une splendeur passée pour asseoir sa propre légitimité dans un cadre urbain en pleine mutation.