3 montée du Saint-Esprit, Marseille
L'on pourrait s'attendre, à l'évocation d'une chapelle marseillaise inscrite, à quelque façade ostentatoire ou à une nef s'élançant vers le ciel. Il n'en est rien. La chapelle des Pénitents blancs du Saint-Esprit se dérobe au regard profane, nichée au fond d'une ruelle privée, une modestie qui en dit long sur sa fonction originelle. Cet édifice, ultime vestige d'un caseto marseillais du XVIe siècle, présente une architecture gothique, sans les élancements vertigineux des cathédrales, mais avec la sobriété d'une dévotion intime. Sa configuration est classique pour une chapelle de pénitents : une salle rectangulaire, sobrement voûtée, se prolonge d'un chœur. Les confrères s'y agenouillaient sur des banques, ou stalles, disposées le long de la nef, tandis que leurs noms, ciselés sur des tables sculptées, rappelaient la permanence de la communauté. C'est une architecture qui privilégie l'enclos, le recueillement, bien loin des fastes baroques qui allaient bientôt déferler. Les Pénitents blancs du Saint-Esprit, dont les statuts furent entérinés en 1558, n'étaient pas des nouveaux venus; leur chapelle avait déjà connu plusieurs extensions, érigée sur un terrain contigu au cimetière des Accoules. Un prix fait de 1588 nous offre une rare plongée dans l'aménagement intérieur de l'époque, révélant une organisation rigoureuse de l'espace sacré. Le site, du reste, offre une curieuse juxtaposition avec l'église Notre-Dame des Accoules, un dialogue muet entre deux expressions de la foi, l'une publique, l'autre discrète. L'histoire, ou du moins la légende, offre parfois des échappées sur la vie de ces lieux. Louis Antoine de Ruffi rapporte ainsi un incident singulier survenu en 1573, lors de la Pentecôte. Dans un excès de zèle liturgique, les pénitents firent s'envoler une colombe enflammée au sein de la chapelle. La dévotion tourna au drame, l'autel fut la proie des flammes, et cette coutume, sans doute spectaculaire, fut promptement abolie. Un rappel éloquent des dangers inhérents aux mises en scène trop audacieuses. Aujourd'hui, l'austérité de la dévotion médiévale a cédé la place à une autre forme d'expression. Depuis les années 1950, la chapelle est devenue le foyer du Théâtre du Lacydon. Une reconversion somme toute logique, puisque le théâtre, à sa manière, offre également un espace de rassemblement, de rituel et de narration, perpétuant ainsi, par d'autres moyens, la vocation communautaire et performative du lieu. L'inscription aux monuments historiques depuis 1932 assure une pérennité à cette discrète mais significative trace de l'histoire marseillaise, dont l'invisible présence n'en demeure pas moins palpable pour qui sait la chercher.