69 rue de Varenne 6-8 rue Barbet-de-Jouy, Paris 7e
L'Hôtel de Clermont, au cœur du faubourg Saint-Germain, n'est pas de ces monuments dont l'exubérance architecturale s'impose d'emblée. Sa discrète opulence, aujourd'hui tempérée par sa fonction administrative, révèle plutôt les strates successives d'une histoire parisienne, où le goût et la nécessité se sont souvent disputé l'ordonnancement des façades et des intérieurs. Édifié entre 1708 et 1714 par Jean-Baptiste Alexandre Le Blond pour la marquise de Saissac, cet hôtel particulier témoigne d'une période de transition stylistique. Le Blond, dont la renommée s'étendra jusqu'en Russie, y applique une élégance mesurée, prélude à la légèreté de la Régence, loin de l'emphatique grand goût louis-quatorzien. Son dessin initial, probablement axé sur une distribution fonctionnelle et une modénature contenue, offrait une dialectique subtile entre la cour d'honneur, espace de représentation, et les jardins, havre de quiétude. C'est Pierre Gaspard Marie Grimod d'Orsay, collectionneur dont l'ardeur n'avait d'égale que la fortune, qui, à partir de 1769, conférera à l'hôtel une part significative de ses décors intérieurs actuels, sous la houlette de Jean Augustin Renard. Les boiseries de la salle à manger, transférées avec une certaine désinvolture du château de Marly – ce qui illustre la pratique courante de l'époque consistant à « recycler » les éléments de prestige –, sont emblématiques de cette ère où le faste se manifestait davantage dans l'intimité des salons que dans l'austérité de la pierre extérieure. Les affres révolutionnaires, le transformant en bien national, marquent une première rupture symbolique. Puis, au XIXe siècle, les transformations se multiplient, révélant les pressions urbaines et les évolutions esthétiques. L'ouverture de la rue Barbet-de-Jouy, vers 1837, ampute une partie des jardins, sacrifiant l'intégrité de l'emprise foncière originelle sur l'autel de la densification parisienne. Plus significativement, l'intervention de Louis Visconti vers 1838, pour Tanneguy Duchatel, avec la surélévation d'un étage et l'ajout d'un vaste péristyle couvert sur la façade côté cour, altère considérablement les proportions et l'équilibre primitif. Si cette modification répondait aux impératifs de représentation du ministre de Louis-Philippe, elle superpose au classicisme initial une grandiloquence qui n'était pas de son essence, modifiant la relation plein/vide et le rapport à la lumière. L'hôtel, après avoir accueilli la Haute Cour de justice et le Commissariat à l'énergie atomique, sert aujourd'hui de cadre au ministère des Relations avec le Parlement. Cette destination prosaïque, pour une demeure conçue pour le raffinement privé, souligne une certaine ironie du sort, transformant les salons où l'on discourait de beaux-arts en bureaux où l'on débat de lois. Sa classification aux monuments historiques, protégeant façades, toitures et certains décors intérieurs, en fige la valeur patrimoniale, rappelant qu'au-delà de sa fonction administrative contemporaine, l'Hôtel de Clermont demeure un témoin précieux, quoique transformé, des ambitions et des contraintes architecturales de trois siècles de l'histoire de Paris.