2 quai des Célestins Rue du Petit-Musc, Paris 4e
L'École Massillon, sise au cœur du 4e arrondissement parisien, offre une curieuse illustration de la stratification historique et des compromis architecturaux auxquels un établissement éducatif de longue date peut être confronté. Elle n'est pas un édifice unifié, mais plutôt une agrégation de volumes distincts, dont le joyau originel, l'hôtel Fieubet, se révèle être un palimpseste architectural fascinant. Cet hôtel particulier, initialement commandé par Gaspard de Fieubet, chancelier de Marie-Thérèse, fut l'œuvre de Jules Hardouin-Mansart entre 1676 et 1681. Sa conception originelle reflétait la grandeur classique du règne de Louis XIV, avec une élégance et une sobriété que seul un maître comme Mansart savait conférer. Les décors intérieurs, confiés à des artistes tels que Le Sueur et Vicotte, attestent d'une ambition esthétique certaine. On y croisait, dit-on, des figures de l'esprit français telles que La Fontaine et Madame de Sévigné, conférant au lieu une patine intellectuelle avant même sa vocation scolaire. Pourtant, la vie d'un hôtel particulier est rarement linéaire. Après un intermède industriel, plus prosaïque, en tant que raffinerie de sucre – une conversion qui ne manque pas d'une certaine ironie pour une ancienne demeure nobiliaire – l'édifice retrouva une ambition décorative, bien que d'une autre nature. Le comte Pierre de Lavalette, en 1857, confia sa transformation à Jules Gros. Ce dernier s'aventura dans un pastiche baroque d'inspiration italo-espagnole, allant jusqu'à doubler une aile droite avec une profusion décorative, voire une certaine exubérance sculpturale, qui contraste avec la retenue mansartienne initiale. Il s'agit là d'une réinterprétation, parfois plus zélée qu'authentique, témoignant du goût éclectique du Second Empire. C'est sur cette base historique complexe que l'Oratoire de Jean-Baptiste Massillon, figure éminente de l'éloquence sacrée et dont la rue adjacente porte encore le nom, établit son école à partir de 1877. L'abbé Nouvelle fit l'acquisition de cet hôtel composite, marquant le début d'une nouvelle ère pour ces murs. L'architecture de l'école Massillon est aujourd'hui une trilogie. Au bâtiment Fieubet, désormais dédié à l'administration, aux lieux de culte, au centre de documentation et à une partie des salles de cours, s'ajoutent deux autres entités. Le bâtiment Gratry, de facture Art déco, se dresse comme un jalon stylistique distinct. Son esthétique, marquée par la géométrie, la fonctionnalité et l'ornementation stylisée propre aux années 1920-1930, abrite aujourd'hui le gymnase et les salles des primaires. Il offre une rupture nette avec l'héritage baroque ou classique, témoignant d'une époque où l'architecture s'affranchissait des codes historiques pour embrasser la modernité. Enfin, le bâtiment Néri, achevé en 2018, incarne la réponse contemporaine aux besoins pédagogiques. Avec ses laboratoires et salles de technologie, il assume une vocation purement fonctionnelle, son intégration au site historique nécessitant une démarche de conciliation entre le passé et le présent. Ces trois édifices, chacun porteur d'une époque et d'une esthétique distincte, composent un ensemble qui, loin d'une unité stylistique, illustre la capacité d'un lieu à évoluer et à s'adapter. La Massillon n'est pas un monument monolithique, mais une architecture vivante, patiemment remodelée par les usages et les époques, hébergeant, non sans une certaine réussite attestée par ses classements et la liste de ses anciens élèves, l'enseignement d'une nouvelle génération.