40-42 rue Bichat 12 rue de la Grange-aux-Belles 19 rue Alibert 1 avenue Claude-Vellefaux 2 place du Docteur-Alfred-Fournier, Paris 10e
On pourrait croire, à la vue de son ordonnancement classique, que l'Hôpital Saint-Louis fut d'emblée une institution pérenne. Il n'en fut rien. Conçu à l'aube du XVIIe siècle sous l'impulsion pragmatique d'Henri IV, ce vaste quadrilatère naquit d'une urgence sanitaire : désengorger l'Hôtel-Dieu face aux épidémies. Plus qu'un lieu de soin permanent, il fut initialement une sorte de sas de quarantaine, relégué hors les murs de Paris, au-delà de la Porte du Temple, dans ce qui n'était alors que champs et proximité du peu ragoûtant gibet de Montfaucon. Une implantation dictée par la contrainte, non par l'idéal. Ce geste urbanistique singulier, bien qu'ancré dans l'utilitaire, ne manqua pas de grandeur. Attribué à Claude Chastillon pour les plans et élévations, et à Claude Vellefaux pour la direction des travaux — les mêmes esprits, dit-on, ayant œuvré à la Place des Vosges —, l'hôpital Saint-Louis offre une réplique, certes plus austère, de cet archétype de la place royale française. On y retrouve ce même jeu de brique et de pierre calcaire, cette rigueur classique, déclinée ici non pour le faste résidentiel, mais pour la discipline sanitaire. L'organisation spatiale révèle une logique implacable. Une cour carrée de quelque 120 mètres de côté, ceinte de bâtiments formant un cloître laïc, structurait l'ensemble. Au rez-de-chaussée, sans fondation réelle sur un terrain d'origine marécageuse, l'on entreposait, tandis qu'à l'étage prenaient place les vastes salles des malades. Quatre pavillons d'angle abritaient des chapelles, et des avant-corps perçant chaque aile marquaient les entrées. Le périmètre extérieur était dévolu à la surveillance, un chemin de ronde permettant de contenir les contagieux, tandis que la chapelle principale, orientée vers la ville, offrait aux paroissiens un lien ténu avec cette institution quasi-autarcique. Une dialectique du plein et du vide, de l'enfermement et de l'ouverture contrôlée, caractéristique des architectures de contrainte. Il est piquant de noter que la messe mortuaire d'Henri IV, fondateur assassiné, fut la première célébrée en ces lieux, avant même l'achèvement complet en 1612. Le nom de Saint-Louis, référence à un autre monarque emporté par la dysenterie lors d'une croisade, semble confirmer une certaine fatalité royale liée aux épidémies. L'hôpital, après des périodes d'intermittence où il servit même de grenier à blé, puis de lieu d'enfermement pour mendiants, ne devint permanent qu'à la suite de l'incendie de l'Hôtel-Dieu en 1772, un hasard malheureux qui lui offrit enfin une vocation ininterrompue. Le XIXe siècle consacra Saint-Louis à une spécialité d'une acuité particulière : la dermatologie. Jean-Louis Alibert y fonda la première école mondiale, et les collections de moulages du musée, dont l'étrange vérisme des œuvres de Jules Baretta, sont un témoignage fascinant de cette époque où la médecine se débattait avec les manifestations cutanées des maladies. On y voyait même, signe d'un pragmatisme hygiéniste avant l'heure, des bains publics, ouverts à la population du quartier, une incongruité presque généreuse pour un établissement de soin. L'impact culturel, pour le public contemporain, se réduit parfois à une façade reconnaissable pour les décors d'une série télévisée, « Navarro », dérisoire permanence face à l'histoire d'une telle institution. Le regard contemporain ne saurait ignorer l'adjonction moderne. Conscients du poids architectural de l'édifice historique, les architectes D. Badani et P. Roux-Dorlut optèrent, dans les années 1980, pour une solution discrète, voire souterraine, construisant une partie significative du nouvel hôpital en dessous du niveau des rues. Un choix qui, loin de l'ostentation habituelle, traduit un respect notable du patrimoine. Un nouveau centre pour grands brûlés, œuvre de Jean-Paul Philippon, s'y greffe plus récemment, témoignant de la vitalité continue de cette institution, qui, de lieu de quarantaine lointain, est devenue un pôle d'excellence, sans jamais renier la rigueur formelle de ses origines.