Bessancourt
L'église Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Bessancourt offre à l'observateur un curieux assemblage de styles, témoignant des hésitations constructives et des aléas financiers qui jalonnent l'histoire de bien des édifices paroissiaux. Sa silhouette extérieure, d'une retenue presque austère, cache une richesse architecturale fragmentée, révélant des campagnes de travaux successives plutôt qu'une vision unifiée. Érigée en paroisse dès 1189, l'édifice actuel ne remonte guère avant le milieu du XIIIe siècle pour ses parties les plus anciennes : le chœur, la croisée du transept et le croisillon sud. Cet ensemble, aux proportions élégantes, s'inscrit dans le gothique rayonnant, contemporain de la fondation de l'abbaye de Maubuisson, bénéficiaire des largesses de Blanche de Castille. L'intérieur révèle une finesse insoupçonnée de l'extérieur, notamment par la délicatesse des remplages de fenêtres, dont les vitraux d'origine, en grisaille, s'inscrivaient dans la tradition cistercienne. La grande luminosité et l'élancement des supports y sont notables, contrastant avec l'absence de chapelles latérales, une disposition chère aux Saintes-Chapelles. La nef et ses bas-côtés, d'une facture plus récente, présentent un gothique flamboyant teinté d'anachronismes stylistiques. Leurs grandes arcades, aux piliers cylindriques massifs et non prismatiques, évoquent un gothique primitif, bien que les frises sculptées de créatures fantastiques et de chérubins, remplaçant les chapiteaux habituels, situent clairement cette campagne vers la fin du XVe siècle. Cette discordance suggère une reconstruction post-guerre de Cent Ans, peut-être sur les bases d'un édifice antérieur, ou une reprise en sous-œuvre conservant des traits archaïques. Le voûtement de la nef, tardif, probablement aux alentours de 1561 ou 1572, se manifeste par des nervures retombant sur de simples consoles, confirmant qu'il ne fut pas envisagé dès la conception initiale. Le clocher et la façade occidentale, achevés vers 1527, selon une inscription gravée, affichent un style flamboyant plus affirmé, bien que la façade ait subi une restauration néogothique au XIXe siècle, y intégrant un dais et une Vierge à l'Enfant. Le clocher lui-même, doté de pinacles plaqués, apparaît inachevé, sa flèche ayant cédé la place à un toit en pavillon. L'une des fenêtres hautes de la façade, ornée d'une fleur de lys, rappelle les liens royaux de la paroisse. Le croisillon nord constitue la touche la plus tardive et la plus singulière de l'église, entièrement rebâti au milieu du XVIe siècle dans le style de la Renaissance. Ses pilastres cannelés en bois, ses entablements d'ordre composite et ses fenêtres en plein cintre témoignent de cette période nouvelle, qui fit son apparition régionale avec le château d'Écouen. Sa voûte, ornée de liernes et tiercerons, déploie un ensemble de cinq clés de voûte historiées, où se côtoient symboles des bâtisseurs et représentations des Évangélistes, une richesse sculptée qui compense l'apparente inachèvement des supports. L'histoire de l'église est également jalonnée par les inévitables outrages du temps et des hommes. Sous la Terreur, en 1793, quatre de ses cinq cloches furent fondues pour l'effort de guerre, seule la plus massive, Louise-Antoinette-Charlotte, datant de 1728, échappant à ce sort, avant d'être elle-même refondue en 1864. Les campagnes de restauration du XIXe et XXe siècles, bien que parfois énergiques, comme en témoigne la réfection du portail occidental par le sculpteur Roret en 1865, ont cherché à préserver un édifice dont le classement en monument historique, en 1921, atteste de la valeur patrimoniale. Les nombreuses interventions ont parfois altéré l'authenticité, mais ont surtout permis de maintenir debout cette église complexe, dont les pierres narrent une histoire faite de contraintes et d'aspirations architecturales variées.